Art

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Le mot art vient du latin ars (habileté, métier, connaissance technique). Le terme grec équivalent, techne (τεχνη), a évolué en sens contraire, ne conservant que le sens de technique. On retrouve ici la classique évolution littéraire des racines latines et scientifique des racines grecques.

Philosophiquement, l'art se définit par sa dimension esthétique : il est une création d'œuvres visant à susciter une appréciation esthétique positive, c'est-à-dire à plaire et à toucher la sensibilité par leur seule forme, par leur seule apparence.

sculpture antique : la Victoire de Samothrace, exposée au Louvre, France.
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sculpture antique : la Victoire de Samothrace, exposée au Louvre, France.

Sommaire

[modifier] Une forme d'interaction et d'échange

Aujourd'hui, l’art établit une relation qui permet d’englober dans une même interaction, dans un même échange, une œuvre, son créateur et le récepteur, le destinataire de cette œuvre (spectateur, auditeur…). Les différentes formes que peuvent revêtir cette médiation concrétisent certaines relations entre l’homme et la nature, c’est-à-dire entre un esprit humain et son environnement. Une pensée à la fois consciente et inconsciente, individuelle et collective, un esprit libre et imaginatif communique avec le monde extérieur. Hegel, dans son Esthétique, a tenté de définir la transcendance de cette relation en posant a priori, que : « Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature [puisqu’il] dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d’une réalité plus haute créée par l’esprit lui-même. »

Chercher la vérité derrière l’apparence. Peut-on envisager finalité plus captivante ? L’art devient alors le prolongement de l’action. Cette philosophie de l’action, développée notamment par Hannah Arendt, émerge quand le geste artistique devient l’expérience d’une relation particulière. Aussi l’art ne cherche-t-il pas à imiter ou à reproduire, mais à traduire une réalité métasensible. Il peut alors faire poindre le spirituel dans le champ de l’expérience commune.

[modifier] Art et esthétique

L'art est un jeu avec les apparences sensibles, les couleurs, les formes et les volumes, les sons. Jeu, il l'est de par sa gratuité même. Il est le double inutile du réel (voir Clément Rosset), il crée à partir de rien, ou presque, une apparence qui ne prétend pas même nous tromper; jeu plaisant en ce qu'il satisfait nos besoins éternels de symétrie, de répétition et de surprise que Charles Baudelaire considérait comme l'origine de la poésie. Ainsi, à lire Kant, le plaisir esthétique naîtrait moins de l'intensité et de la diversité des sensations que de la façon, en apparence spontanée, dont elles expriment une unité profonde, sensible dans leur chatoiement même mais inconceptualisable.

[modifier] La forme comme dynamisme du sensible

En art du moins, la forme n'est donc pas un principe étranger au contenu, et qui y serait imprimé du dehors, mais la loi de son développement, devenue transparente. Elle n'est pas pensée par le spectateur, ce qui voudrait dire qu'elle est de l'ordre du concept, et donc étrangère à la perception proprement dite, qu'elle ne se donne pas à voir. Paul Valéry pouvait écrire que « la belle architecture tient de la plante. La loi de croissance doit se sentir. De même la loi de ménagement des ouvertures. – Une fenêtre ne doit pas être un trou percé comme par un vilebrequin dans une planche, mais être comme l'aboutissement de lois internes, comme la muqueuse et les modelés des orifices naturels. »

Avant d'être transcrite dans la notation, la mélodie existe comme déploiement même du son, exploitation de certaines possibilités insoupçonnées de ce matériau. La couleur ne remplit pas l'espace impressionniste, mais en est la vibration. La poésie ne consiste pas à imposer à la langue une signification préétablie, ni à produire des bouts rimés. Elle laisse plutôt la parole aux mots eux-mêmes, comme si elle n'était le discours de personne. Il s'agit de révéler un mouvement inhérent à une dimension sensible du monde. L'art donne à voir comment le sensible s'engendre: le regard du peintre demande à la lumière, aux ombres, à la couleur « comment ils s'y prennent pour faire qu'il y ait soudain quelque chose, et cette chose » (Merleau-Ponty).

[modifier] Art et attention au sensible

L'art ne se contente donc pas de copier la nature. Pour autant, il ne se détourne pas d'elle, mais remonte jusqu'à la source. Dans la peinture de Cézanne, rappelle Merleau-Ponty, il ne s'agit jamais de la couleur en tant que simulacre des couleurs de la nature, mais de la dimension de couleur, où notre cerveau et l'univers se rejoignent. L'artiste est sensuel, il aime saisir la personnalité propre, le visage des choses et des matières, comme le petit morceau de mur jaune dont parle Proust à propos de Vermeer.

C'est justement parce que la nature morte n'est pas la pomme, mais la représentation de la pomme, que pour la première fois je puis la voir au lieu de la penser ou de la croquer, considérer son aspect, et non son essence ou son utilité.

C'est que « l'art de voir (au sens dessin et peinture) est opposé au voir qui reconnaît les objets » (Paul Valéry). Le visible est sensuel, lui aussi : tenu ainsi à distance, il brille pourtant des feux de nos propres désirs.

Être attentif au sensible, c'est encore, comme nous y invite Henri Focillon, étudier les possibilités propres d'un matériau, comme le bois, la pierre, le fil d'encre du calligraphe. Prenons pourtant ici le mot « matériau » en un sens plus large: l'architecture gothique est tout autant faite de lumière, ou de verticalité, que de pierre. D'un point de vue esthétique, le temps et l'espace eux-mêmes sont l'étoffe de l'expérience, comme une langue celle de la pensée. Ce ne sont pas seulement des formes abstraites. Et, certes, l'art ne se contente pas d'explorer les soubassements de l'expérience sensible, il tire de la connaissance intime de cette logique, ou de cette géométrie, des structures et des effets insoupçonnés d'abord.

[modifier] Peut-on encore prendre l'art au sérieux ?

Un mot suffira au poète pour unir deux idées en apparence étrangères, en révéler la secrète accointance. La pensée abstraite est unidimensionnelle, l'art est multidimensionnel. « L'artiste, explique Paul Valéry, a accumulé, au moyen de la matière, une pluralité de pensées abstraites, d'actes simples. Mais une même chose en résulte. » C'est dire que l'art fait crédit à notre intelligence, lui présente d'emblée l'unité radicale du monde qu'elle ne peut quant à elle construire que pas à pas, péniblement, indéfiniment. On dira bien sûr que ce triomphe facile est illusoire, que l'artiste prend l'unité propre de son esprit, ou de son corps, pour la structure du réel, que sa pensée est donc plus magique que rationnelle. On peut même défendre l'idée que l'esthétique naît avec cette déception, qui permet de distinguer l'art, jeu subjectif de l'esprit avec lui même, du sérieux de la philosophie et des sciences. (voir l'article avant-garde.) L'art ne peut être considéré comme une réalité à part entière qu'avec sa désacralisation. Le Beau n'est ni le Vrai ni le Bien. Ainsi, l'art naîtrait au moment même où il devient un héritage du passé (Hegel).

On peut pourtant, comme Paul Valéry, souligner les affinités du Beau et de la vérité formelle des mathématiques. Une œuvre est un univers fermé, qui vaut en soi, avec ses lois propres ; elle constitue le lieu de différentes variations et transformations, analogues finalement aux propriétés d'un ensemble mathématique. Mais n'est-ce pas surtout constater que les mathématiques sont elles aussi un jeu ?

L'art a, sur le plan éthique, à voir avec l'idée de maîtrise de soi, d'indépendance et de distance à l'égard des passions. Non que l'art ignore les passions, mais plutôt parce qu'il les sublime et les donne à voir (voir Croce). Il ne s'agit pas de nier la foule de nos perceptions et de nos désirs, mais de les intégrer dans un tout, quand ils menaçaient notre unité. À lire Alain, le chant triomphe du cri, la danse de la passion; ces mauvais plis ne sont plus que les touches d'un instrument que nous effleurons librement. La mélopée transforme la peine, qui nous déchire, en un bel objet symétrique. L'œuvre d'art prend au piège les passions, révèle ce qu'il y a en elles d'éternel, en fait la matière d'une sorte de géométrie ou d'algèbre. L'art n'est donc certainement pas effusion passionnelle. Il est affirmation de la liberté du jeu au sein de la passion, par là même distanciation. Comme l'humour, il dépersonnalise la passion, la donne à voir du point de vue d'un être qui lui serait étranger. Ainsi la tragédie nous permet de contempler l'existence des hommes, leur agitation, comme au passé, c'est-à-dire du point de vue des Dieux. Pour autant, nous ne devenons pas étrangers aux passions, par exemple à la peur de la mort. C'est d'elles que le spectacle tire sa puissance de fascination. Aristote est l'inventeur de la théorie de la catharsis, selon laquelle l'art permettrait la purgation, la purge, de nos passions.

Si la notion de « beau » artistique qui a dominé l'histoire de l'art, depuis Platon jusqu'à Hegel a perdu aujourd'hui de sa reconnaissance, l’art cherche néanmoins toujours à utiliser le monde des sens pour pénétrer dans le monde de l’esprit, ou peut-être même dans celui de l’âme. Ce faisant, l’immanent point derrière le permanent. L'artiste tente de prouver que le potentiel humain ne se réduit pas à la transformation, mais qu’il a conquis la dimension de la création. Dans ce sens tourné vers l'esthétique, l'art est une représentation particulière, personnelle, de la nature (entre physique et métaphysique), d'un sentiment, du sacré... mais aussi, tout simplement d'un inconscient surgi spontanément, voire consciemment (hypothèse du profondis).

La notion de « représentation » prend alors un sens tout particulier si l'on veut saisir le sens de l'œuvre d'art, et son rapport à la beauté. L'œuvre de l'art est une forme de « re-présentation », c'est à dire qu'elle présente autrement la réalité de l'univers. L'œuvre d'art ne vit pas de son rapport plus ou moins adéquat au réel, mais des affects qu'elle produit ; par exemple, les toiles de Munch ne représentent pas une forme de tristesse, mais produisent un sentiment, une émotion, qui pour certains s'appelle la tristesse, pour d'autres l'abomination. C'est peut-être parce qu'elle est productrice d'affects, et qu'elle est à elle seule un « univers », que l'œuvre d'art est belle (l'art contemporain est beau quand on a accroché à l'initiation que l'artiste cherche à nous procurer).

C'est la grande difficulté des arts de notre époque : ils sont souvent liés par des directions intellectuelles et des expérimentations qui ne peuvent pas être lisibles directement et sans connaissance de leur genèse: ce sont des friches de découvertes qui deviendront peut-être de vraies œuvres aux yeux des machines humanisées (post-futurisme).

Jamais une œuvre jeune n'est comprise sans avoir assimilé sa généalogie. Cependant on remarquera au tort du terme "art" d'être trop universellement appliqué à toute médiatisation spectaculaire.

[modifier] L'art n'est-il qu'un spectacle humain et éternel ?

En fait, l'expérience unique de l'artiste, vivant d'expérimentations, d'abstractions et d'intuitions le conduit à passer des étapes de lisibilités et de jugements de moins en moins personnelles. Il n'a plus la notion de bien/mal ou beau/laid car ce qu'il vit est au-delà d'une communication ordinaire : il absorbe et compresse par ses sens une réalité vécue habituellement comme des notions d'objets et de rapports tangibles. Or l'artiste travaille justement dans l'illimité, le potentiel et l'indescriptible.

Il est porté à avoir une action de plus en plus directe (passées les étapes d'apprentissages et d'essais techniques...), qui le pousse à continuer une recherche encore innommable.

Mais la perception d'une œuvre d'art est souvent une leçon donnée et perçue directement en nous. (Le vrai du faux est conditionné par un niveau d'intuition ressentie et donc surtout comme un point de rupture avec le quotidien).

Le facteur esthétique est souvent un élément confondu avec l'œuvre. Notre œil est habitué à une proportion et à des constantes d'équilibre communes aux humains, mais l'œuvre n'est pas faite pour être belle (on parlera alors de graphismes), mais pour trouver un point de rencontre entre ce que l'artiste a perçu comme une existence réelle possible, et le quotidien. Elle est comme un tunnel emportant nos pensées.

En soi tout est beau, et le jugement disparait.

[modifier] L'art et le sacré

Une des premières formes de représentation, l'art rupestre (époque préhistorique) a sans doute été, à la fois la représentation icônique d'animaux, mais a certainement possédé aussi, une dimension magique, chamanique voire sacrée (cf. Travaux de Jean Clottes).

Dès lors, l'art transcendait la réalité, et rendait compte de la dimension spirituelle dont le quotidien etait risqué et pénible ,basé sur la néccessité de chasser, se proteger et survivre. L'art apparait dès l'aube de l'humanité qui déposa une représentation sur les parois des cavernes, sacralisa les événements, et aida l'homme à survivre, en transcendant sa pensée et ses besoins vitaux...

Les Arts de la représentation furent souvent mis au service de l'Eglise, devenant plus ou moins une sorte d'Art officiel. La vitalité débridée du Gospel états-unien est à la base des musiques populaires modernes.

Les rapports entre l'Art et la magnification du réel et le sacré n'ont cessé de nourrir les préoccupations de certains artistes, notamment les Nabis et Maurice Denis ou plus récemment Raza et ses mandalas. L'Art lui même est souvent un objet de culte, devant l'effacement de la notion du sacré en Occident. La Joconde de De Vinci en est un exemple tout comme les Nymphéas de Monet à l'Orangerie devant lesquelles les foules de visiteurs se recueillent et la Marylin ou le Elvis de Andy Warhol, icones de la modernité.

À Paris, Londres, Barcelone ou New-York, les Musées ou Centres d'art (MOMA, Beaubourg, Tate Gallery...) deviennent des batiments-clés pour les villes phares du monde moderne occidental et peuvent être comparés à de nouveaux temples, pour d'autres communions.

[modifier] Arts et représentations

Depuis, les différentes formes d’art pour l'art concrétisent toute forme de médiations : médiations entre l’homme et la nature, entre l’homme et ses semblables, voire entre l'homme et Dieu ou d'autres formes de sacré. Ces médiations artistiques dépassent et transcendent tous les problèmes de la connaissance du monde. L’étude des phénomènes physiques et l’évolution des technologies y jouent un rôle important, puisqu’elles influencent souvent les outils de création. Une expérimentation artistique, parallèle à l’expérimentation scientifique, vient ainsi fonder l’élaboration d’une nouvelle esthétique, soutenue par la place croissante des techniques dans la vie quotidienne.

L'art pourrait donc servir à reproduire des concepts éternels conçus ou imaginés par la seule contemplation. L'origine de l'art provient bien de la connaissance des idées et des choses, mais transcende cette connaissance pour la présenter autrement, devenant de ce fait représentation. Si tant est que l'art se fixe des objectifs (ce qui va bien sûr contre sa nature), un des buts marquants de l'art serait donc de communiquer la connaissance profonde acquise non seulement par les sens, mais aussi par l'esprit. L'art de pure imitation sera toujours très loin du vrai : l'œuvre ne peut être aussi belle que la chose réelle ; elle est d'un autre ordre, et n'en saisira jamais qu'une toute petite partie. L'imitation de la nature ne traduit jamais son niveau de beauté, cependant que la représentation artistique dévoile un absolu propre à l'artiste, une vérité de notre espace naturel et inimitable puisque personnel.

[modifier] Histoire et évolution de l'art

Au Moyen Âge, la musique conservait un statut scientifique (quadrivium), tandis que l'architecture, l'art des bâtisseurs de cathédrales, et la peinture, représentations des icônes, étaient principalement dévolus à la religion ; mais très vite la vie sociale y fut insérée, et le portrait vint s'immiscer pour extrapoler les formes de l'art vers des formes de représentation de la vie sociale, en le réservant à des personnages importants (cf les théories sociologiques de Max Weber et la naissance d'une sociologie de la musique). Depuis, art et société sont fortement liés. L'artiste s'intègre dans des mouvements sociaux, les accompagne, et survit grâce aux bon vouloir des riches et des puissants.

[modifier] Naissance de l'esthétique

À partir du XVIIIe siècle, l'art tend à devenir l'ensemble des activités humaines consacrées à la production du beau, l'ensemble des représentations qui expriment la beauté de la nature, la beauté des personnages, mais révélant aussi la part de transcendance de chacune de ces représentation de la réalité. C’est en effet à partir du milieu du XVIIIe siècle (Esthétique d’Alexandre Baumgarten, 1750) que se dessine une science autonome de l'art, qui va plus loin que le foisonnement de la représentation, encourageant une réflexion sur le beau et sur la valeur des représentations artistiques. Cette science de l'esthétique, une des disciplines de la philosophie, atteint sa pleine apogée chez les philosophes de l’esprit des lumières et dans les révolutions phénoménologiques de Kant puis de Hegel.

  • Kant estime qu'une œuvre d'art doit fournir un objet sensible, qu'il soit lui-même beau ou laid important peu au final : « la beauté artistique est la belle représentation d'une chose et non la représentation d'une belle chose ». Cette représentation est selon lui le résultat du libre jeu de nos facultés cognitives.
  • Hegel, quant à lui, estime que le but de l'art est de rendre accessible à l'intuition l'esprit universel. Il s'agit de prendre conscience du développement de l'idée universelle et de lui donner une réalité en la retranscrivant sous forme d'œuvre d'art. La contemplation de l'œuvre, et donc de l'incarnation de l'esprit absolu, s'offre ainsi à l'intuition sensible de l'homme.

Proche de Hegel sur certains points, le romantisme ne voit plus la représentation de la beauté seulement comme une empreinte ; ce courant fonde ce qui deviendra une interprétation subjective de l’art, interprétation confrontée à toutes les strates de la société.

Pour Friedrich Nietzsche, « l'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous même tolérables aux autres et agréables si possible ». Car, si l'œuvre doit exprimer de la beauté, est-elle pour autant belle à tous les regards ? Ces limitations, associées à la vue esthétique de l'autre, imposent une forme de civilité qui peut nous modérer dans notre expression artistique.

[modifier] Imitation et représentation

Mais cette production n'est pas obligatoirement de nature volontaire. Contrairement aux autres productions humaines, l'acte de création se situe le plus souvent hors du champ de la conscience. Il nous permet d'accéder à une communication du spirituel, de l'intemporel, de l'universel. Nietzsche pense également que l'art doit servir à masquer ou à embellir tout ce qui est laid dans la nature humaine. Pourtant, aujourd'hui, certains arts nés de la modernité, tel le cinéma, cherchent autant à embellir la nature humaine, qu'à mettre en évidence toute sa noirceur dans l'espoir peut être d'en extraire les germes de l'incompréhension et de l'intolérance.

Le cinéma, en limite de l'art, donne à voir des crédibilités quotidiennes, qui mettent à jour, comme le roman, mais en plus restreint, une expérience humaine que nous ne saurions découvrir autrement.

Cette logique conduit l’art vers une nécessité, vécue de l’intérieur par l'artiste. La musique, plus que « l’art d’organiser les sons » reflète l’expression d’une entité sonore « autre », d’une forme irréelle et non conceptualisable de la communication ; elle est une imagination totale, qui réunit à la fois de nouvelles représentations et une conception neuve de leur construction. Comme les autres arts, elle exprime le rationnel et l'irrationnel, mais en s'écartant du mythe ou de la magie.

Tous les processus créatifs opèrent, par l’esprit même qui les guide, une catharsis qui garantit un dépassement des limites posées à la connaissance du monde. La symbiose sensorielle qui nourrit l’action créatrice n’est que la forme élémentaire de la représentation qui infère l’imaginaire.

En tant qu’approche différente, plus tournée vers l’esprit que vers la pensée, l’art doit inéluctablement déboucher sur le prolongement de l’œuvre d’une nature dominatrice et confinée à des transformations évolutionnistes. Tentant de s’affranchir de ces limites de la pensée humaine l’art retrouve la substance spirituelle, quasi mystique, quasi magique, de la création. Cette volonté d’apaiser notre soif de connaissance n’est pas obligatoirement malsaine. Mythe et magie ne sont pas foncièrement des échappatoires aux manques de rationalité des événements qui nous entourent, même s’ils sont, pour certains, des aveux de faiblesse, des limitations transfigurées.

Ils peuvent parfois marquer aussi la recherche d’une spiritualité absente. L’art en revanche est lui toujours une nécessité d’exprimer le monde de cette façon-là. Il ne cherche pas à remplacer la réalité par une autre entité de meilleure consistance ; il ne cherche pas non plus à transgresser des limites inhérentes à notre nature, mais il cherche à les transcender. L’art cherche à utiliser le monde des sens pour pénétrer dans un monde de l’esprit, ou peut-être même dans celui de l’âme. Ce faisant, l’art cherche l’immanent derrière le permanent. Il essaye de prouver que le potentiel humain ne se réduit pas à la transformation, mais qu’il a conquis la dimension de la création.

L'objet de l'art pourrait donc reposer sur la mise en communication de nos sens, de notre conscience et de notre esprit, avec les choses et les autres êtres vivants qui nous entourent, sans pour autant les représenter à l'identique. Pour Tolstoï en effet, « l'art est l'activité humaine par laquelle une personne peut, volontairement, et au moyen de signes extérieurs, communiquer à d'autres les sensations et les sentiments qu'elle éprouve elle-même ». Il peut n'être pas nécessaire que cette communication avec l'extérieur soit immédiate. Bergson estime que si cette communication entre notre conscience et la réalité était possible, « nous serions tous des artistes car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature ».

[modifier] Art moderne et art contemporain

L'Art moderne est né au XXe siècle, et a vu apparaître en peinture les figures de Picasso, Matisse, Miro, Max Ernst et de nombreux mouvements comme le surréalisme, l'Oulipo, la Nouvelle Vague. En France avec la modernité les peintres se détachent peu à peu peu à peu du système des salons et de l'emprise de la bourgeoisie.Les grands collectionneurs contemporains, les galeries et les critiques jouent un rôle important. Le Marché de l'Art s'internationalise.

L' art contemporain (Performance-art, Land-art, Figuration Libre, Installations etc) en se détournant des représentations, a voulu exprimer les outils de connaissance, les principes propres à l'art. Ce détournement de la fonction de l'art relève alors d'une appropriation des outils pour construire une autre forme de communication, toujours proche du monde sensible, mais empreinte d'une logique non formelle.

Le peintre Dubuffet, théoricien de l’art brut qui travailla la matière pour en dégager l’essence même de l’œuvre d’art, écrivait : « L’art doit naître du matériau et de l’outil, il doit garder la trace de la lutte de l’outil avec le matériau. L’homme doit parler mais l’outil aussi et le matériau aussi. »

Toute la complexité de l'art est qu'il cherche à correspondre à la création d'une œuvre singulière, susceptible d'éveiller l'attention. La nouveauté, l'innovation, dans le fond comme dans la forme, sont les moteurs de l'évolution. La créativité de l'artiste ne peut être bridée par les règles de convenance, de politesse, de mode d'exposition imposées de l'extérieur (hier par les traités, aujourd'hui par les acteurs du marché de l'art). Dans cet état de fait, l'art financé par la société est probablement un art qui ne peut exprimer entièrement sa générosité, du fait même qu'il soit acheté par quelques initiés.

L'art évolue avec la société.L'artiste contemporain assume parfois une fonction sociale ou même politique pour tenter d'agir sur le Monde.Dans le même temps, les ecoles d'art forment aujourd'hui des artistes bien rodés aux processus de communication et de marketing ,et l' art est un enjeu politique d'état, enjeu politique et marchand.On observe à l'heure actuelle une perte de repére par rapport à l'autonomie et à la sincérité du créateur.Les valeurs de la poésie, la beauté formelle et la spiritualité sont recherchées aujourd'hui plus souvent dans des œuvres du passé ou d'autres civilisations que dans l'art contemporain à la mode (Visible à la Fiac), qui apparait souvent comme une gadget pour initié.

Les artistes continuent cependant souvent à incarner les valeurs progréssistes : « L'art est une recherche permanente de l'expression humaine primordiale. Le beau traduit une idée d'une œuvre qui dépasse l'homme. Tant que notre ignorance nous cache la totalité de ce qui se fait, se montre et se pratique, nous sommes candides et le beau est une fleur. Lorsque l'artiste s'exprime dans le sens de voir autrement ce qui paraît, il aide à progresser dans notre compréhension réciproque de l'autre. » Ako Z°om [1]

« L’Art est tour à tour, la réalité extérieure, la réalité plastique et la réalité intérieure. » (René Huyghe)

Le mouvement de contestation artistique et sociale Dada puis le Surréalisme ont été des moments essentiels de l'art moderne, qui avec Fluxus dans les années 1970 annonce ce qu'on a appelé Art contemporain, qui correspond à une période d'apparition de nouveaux supports : art vidéo, art infographique, art numérique et à une diffusion accelérée de l'art (Surtout de ses signes et symboles les plus visibles), du design et de la mode grâce aux nouveaux médias de la société contemporaine.L'Art actuel, médiatisé ou non est foisonnant et hybride, devenir artiste reste toujours une aventure sociale risquée. Les outils de création n'ont jamais eté autant à la portée du plus grand nombre mais les possibilités de diffusion des messages artistiques sont menacées par le brouillage et la multiplication des supports.Le rôle de l'artiste comme avant-garde intellectuelle et sociale apparait également contesté.L'éducation artistique et l'éveil de la sensibilité restent des parents pauvres des politiques actuelles et la contradiction « Marché-rentabilité/Production de l'esprit libre » reste vivace. Certains créateurs semble cependant parvenir à allier créativité singulière,exigence, talent et une certaine reconnaissance médiatique (obligatoire pour une reconnaissance populaire) dans leur domaine notamment en musique, littérature ou cinéma.

L'art contemporain est traversé par les concepts et les thèmes qui agitent la société contemporaine : la dématérialisation de l'œuvre amenée par (Yves Klein), dans les années 60 (on voit même des « artistes sans œuvres »), l'écologie profonde (Hundertwasser), la propagande visuelle et la publicité (Andy Warhol , Kiki Picasso), l'entreprise œuvre d'art ou vice-versa (Fabrice Hybert), l'activisme et le terrorisme (Philippe Parreno), la fascination pour la révolution technique et les bio-technologies, la chirurgie esthétique et la re-création corporelle de soi (Orlan), le graffiti-art, le slam, le piercing et le rap : formes d'expression à la fois populaires et tribales.

[modifier] Nombre et nom des arts au cours des temps

[modifier] Antiquité

Dans l'antiquité, les arts étaient symbolisés par les Muses au nombre de 9 :

Hésiode au VIIIe siècle av. J.-C. (dans Théogonie, 53-57 et 915-917) nous fait connaitre leurs noms, mais c'est Platon (dans Ion) vers 401 av. J.-C., puis les néo-platoniciens, qui fait des Muses les médiatrices entre le dieu et le poète ou tout créateur intellectuel. Cette conception de l'art (le poète est possédé, transi par le dieu) sera contestée par le classicisme de Nicolas Boileau, le mouvement de l'Art pour l'Art ou l'éloge de l'effort de Paul Valéry.

[modifier] Moyen Âge

Depuis le VIIIe siècle la classification du savoir était différente (voir Alcuin) et on ne distinguait pas les arts des sciences.

Les arts libéraux étaient au nombre de sept, classés en deux groupes :

Les arts mécaniques (les activités manuelles, opposées à celles intellectuelles) désignaient l'architecture, la sculpture, la peinture et l'orfèvrerie.

Les disciplines qui ont en commun la transformation d'une matière tangible (celles des artisants et des artistes - les artefices opposés aux artista pratiquant les arts liberaux) sont alors rangées parmi les arts serviles. Cependant Plotin au IIIe siècle (dans ses Ennéades) fait une apologie de l'activité de l'artiste et suit, au Moyen Âge, une certaine tradition reconaissant à l'artiste la capacité de dépasser les seuls réalités sensibles.

[modifier] L'époque des Lumières

Plus tard, le terme « beaux-arts » est apparu en 1752 dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et désignait exclusivement les quatre arts qu'on appelle plastiques de nos jours : architecture, sculpture, peinture et gravure. À noter que l'Académie des Beaux-Arts comporte aujourd'hui huit sections : les quatre beaux-arts classiques, la composition musicale, le cinéma et l'audiovisuel, la photographie et une section libre.

Hegel, dans son Esthétique vers 1818-1829, classe les arts selon une double échelle de matérialité décroissante et d'expressivité croissante. Il distingue ainsi six arts, dans cet ordre :

  1. architecture
  2. sculpture
  3. peinture
  4. musique
  5. danse
  6. poésie

[modifier] Les temps modernes

Le septième art est une expression proposée en 1919 par Ricciotto Canudo pour désigner l'art cinématographique.

Ricciotto Canudo était un intellectuel italien, installé en France, ami d'Apollinaire, qui fut l'un des premiers critiques de cinéma. Il écrivit un premier livre en 1911 qui s'intitulait « La naissance du sixième art », dans lequel il considérait que le cinéma réalisait la synthèse des « arts de l'espace » (architecture, peinture et sculpture) et des « arts du temps » (musique et danse), soit 5 avant lui. Le cinéma apparaît donc comme une synthèse de tous les arts qui l'ont précédé (arts du temps et de l'espace). Le cinéma est un instrument d'une nouvelle renaissance.

Puis avait-il lu Hegel entre temps ? il ajouta la poésie comme art fondateur et écrivit Le manifeste des 7 arts qui a consacré l'expression « 7e art » pour le cinéma. En 1922, il fonda la Gazette des sept arts qui est une des premières revues de cinéma.

À noter que Jean Cocteau, qui appelait le cinéma la « dixième muse » a eu moins de succès.

Tantôt le théâtre (ou « jeu de l'acteur »), tantôt la photographie, la huitième place est assez disputée mais revient en général à la télévision, bien que les professionnels se réclament peu de cette expression. On pourrait s'accorder à dire que le huitième art est « l'art de la prestation ».

L'expression neuvième art qui désigne la bande dessinée est souvent attribuée, à tort, à Francis Lacassin pour un livre qu'il publia en 1971, intitulé Pour un neuvième art, la bande dessinée. En fait, l'expression « neuvième art » est due à Morris (pseudonyme de Maurice de Bévère et créateur de Lucky Luke) et Pierre Vankeer qui animèrent, trois ans durant au sein du Journal de Spirou (du numéro 1392 au numéro 1523) une rubrique intitulée Neuvième Art, sous-titrée Musée de la bande dessinée, qui faisait le tour de la bande dessinée internationale et de son histoire. La rubrique apparaît pour la première fois dans le numéro 1392 de Spirou, du 17 décembre 1964, un numéro spécial Noël de 100 pages. Lors de la création de la rubrique, Morris et Vankeer pensèrent à huitième art avant d'apprendre par des techniciens de la danse, que l'appelation était déjà prise. Il semblerait alors que la rédaction du journal ait choisi neuvième art. Dans les des deux introductions qui ouvrent la première de Neuvième art, les auteurs justifient le choix de neuvième art en signalant que le huitième art désigne déjà la télévision.

Outre ce classement des arts, selon Alain Beyrand, la dénomination neuvième art « a été lancée par Morris et Vankeer pour pouvoir traiter aussi bien des récits en images que de la BD » (propos d'Alain Beyrand). En effet, cette expression permet, tout comme « Art séquentiel » ou « Figuration narrative », d'escamoter la querelle intestine qui anime le milieu de la bande dessinée concernant la naissance de cet art et la définition de ce qui est ou n'est pas une bande dessinée ; ce que soulignent les auteurs lors de la création de la rubrique : « Les bandes dessinées sont nées avant le cinématographe de MM. Lumière. Mais on ne les a guère prises au sérieux pendant les premières décennies de leur existence, et c'est pourquoi la série d'articles qui débute aujourd'hui s'appellera 9° Art. »

Ont déjà été cités comme dixième art le jeu vidéo (Renaud Donnedieu de Vabres, ministre français de la culture et de la communication, a remis les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Michel Ancel, Shigeru Miyamoto et Frédérick Raynal, trois créateurs de jeux vidéo) ou le jeu de rôle (par exemple dans le magazine Casus Belli).

[modifier] Mouvements artistiques

Voir aussi, entre autre, le portail de l'histoire de l'art et la catégorie.

[modifier] Quelques œuvres fameuses

Peintures

Voir aussi : les Chefs-d'œuvre de la peinture

Sculptures

[modifier] Voir aussi

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[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

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  • (fr) Desarts. Annuaire des arts
  • (en) Artnet [2] un site pour une recherche sur l'art contemporain, galleries, artistes, magzine
  • (en) AskArt [3] un site sur l'art américain
  • (fr) GrandsPeintres Site avec des définitions de mouvements artistiques, des peintres (œuvres et biographie)...

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