Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

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Talleyrand, par Pierre-Paul Prud'hon (détail)
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Talleyrand, par Pierre-Paul Prud'hon (détail)

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, communément appelé Talleyrand, est un homme politique et diplomate français, né le 2 février 1754 à Paris, mort dans cette même ville le 17 mai 1838.

Il occupe des postes de pouvoir politique durant l'Ancien régime, la Révolution française, le Directoire, le Consulat, le Premier Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet, assistant à quatre couronnements[1].

Sommaire

[modifier] Origine et Jeunesse

Sa famille affirme descendre d'Adalbert, comte de Périgord, partisan et vassal d'Hugues Capet en 990. Dans tous les cas, il est issu d'une famille de la haute noblesse, ce qui est attesté par lettres patentes royales de 1613 et 1735. Ses parents (Charles-Daniel, comte de Talleyrand-Périgord et Marie-Victoire Éléonore de Damas d'Antigny) occupent des charges importantes durant le règne de Louis XV. Il est le neveu d'Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord (1736-1821), successivement archevêque de Reims, cardinal et archevêque de Paris.

Il naît le 2 février 1754 au 4, rue Garancière, à Paris. Son oncle Alexandre devient son parrain lors de son baptème ce même jour. Il est immédiatement remis à une nourrice qui l'emporte quatre ans chez elle dans le faubourg Saint-Jacques, ce qui n'est pas le cas de ses frères. Selon les biographes, il serait atteint du syndrome de Marfan (maladie génétique) ou victime d'une chute à l'âge de quatre ans (la version de ses mémoires) : Talleyrand est affecté d'un pied-bot. Il boîte durant toute sa vie, marquant les esprit de son temps par sa démarche. Cette infirmité lui vaut de ne pas pouvoir accéder aux fonctions militaires et d'être destitué de son droit d'aînesse par ses parents qui le destinent à une carrière ecclésiastique. Son frère cadet Archambaut prend sa place (l'aîné des fils étant mort enfant).

Ceci explique le choix du discours à propos de Mirabeau sur l'égalité de répartition des patrimoines et donc la suppression du droit d'aînesse, lors d'un hommage que Talleyrand lui rendra le jour de sa mort, à la tribune de l'assemblée.

[modifier] Carrière ecclésiastique

Talleyrand
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Talleyrand

En 1769, à l'âge de quinze ans, il entre au séminaire Saint-Sulpice. Malgré cela, durant cette période, il fréquente de façon ostentatoire une actrice de la Comédie française, Dorothée Dorinville, avec qui il se promène sous les fenêtres du séminaire.

Le 28 mai 1774, il reçoit les ordres mineurs. Le 22 septembre 1774, il obtient un baccalauréat en théologie à la Sorbonne, acquis grâce à sa naissance plutôt qu'à son travail : son directeur de thèse de la Sorbonne, M. Mannay, rédige sa thèse[2], au moins en partie. À 21 ans, le 1er avril 1775, il reçoit les premiers ordres, en dépit de ses avertissements : « on me force à être ecclésiastique, on s'en repentira ». Le 11 juin 1775, il assiste au sacre de Louis XVI, dont le coadjuteur de l'évêque n'est autre que son oncle ; trois mois plus tard, il reçoit la rente de l'abbaye de Saint-Rémy de Reims. Au printemps 1778, il rend visite à Voltaire. Le 18 décembre 1779, au matin de son ordination, son ami Auguste de Choiseul-Gouffier le découvre prostré et en pleurs. Ce dernier insiste pour qu'il renonce mais il lui répond : « non, il est trop tard, il n'y a plus à reculer. » Aucun membre de sa famille n'est présent pour l'ordination, mais ses parents viennent à sa première messe. Il a 26 ans.

L'année suivante, en 1780, il devient grâce à son oncle agent général du clergé de France et est chargé de défendre les biens de l'Église face aux besoins d'argent de Louis XVI (particulièrement en 1785). À cette occasion, il prend connaissance de l'étendue exacte de la richesse du clergé. Il est aussi proche de Charles Alexandre de Calonne, ministre impopulaire de Louis XVI ; il participe au traité de commerce avec l'Angleterre de 1786.

À cause de sa vie dissolue et libertine (au grand jour, il joue, a de nombreuses maîtresses, etc.), il est déçu dans ses espoirs d'obtenir un évêché, du fait des opinions morales du roi et de la reine. Ses goûts du luxe et du jeu lui demandent beaucoup d'argent. De 1783 à 1792, Talleyrand a, entre autres, pour maîtresse (et vit quasi maritalement avec) la comtesse Adélaïde de Flahaut, qui, au grand jour, lui donne un enfant en 1785, le fameux Charles de Flahaut[3]. Il fréquente et anime les salons libéraux proches des Orléans. Installé comme Mirabeau rue de Bellechasse, les deux hommes se lient politiquement.

En 1788, il est nommé évêque d'Autun par le roi, grâce à la requête que son père mourant adresse à Louis XVI (« cela le corrigera », aurait déclaré ce dernier en signant). Trois semaines plus tard, il est élu député du clergé aux États généraux et quitte aussitôt et définitivement la ville d'Autun.

[modifier] Révolution

Durant les États généraux, il se rallie au Tiers État ; le 14 juillet 1789 (renouvellé le 15 septembre), Talleyrand est le premier membre nommé au comité de constitution de l'Assemblée Nationale où il joue un rôle très important. Il est d'ailleurs signataire de la constitution présentée au roi et acceptée par celui-ci le 14 septembre 1791 ; il est l'auteur de l'article VI de la déclaration des droits de l'Homme qui lui sert de préambule : « La loi est l'expression de la volonté générale. [...] Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse [...] ».

Le 10 octobre 1789, il propose à l'assemblée d'utiliser « les grands moyens » pour renflouer les caisse de l'État : la confiscation des biens de l'Église. Selon lui « le clergé n'est pas propriétaire à l'instar des autres propriétaires puisque les biens dont il jouit et dont il ne peut disposer ont été donnés non pour l'intérêt des personnes mais pour le service des fonctions »[4]. Défendu par Mirabeau, le projet est voté le 2 novembre.

Le 14 juillet 1790, il célèbre la messe qui a lieu sur le Champ de Mars lors de la Fête de la Fédération.

Le 28 décembre 1790, il prête serment à la constitution civile du clergé puis démissionne de son poste d'évêque. Il est chargé de sacrer les deux premiers évêques constitutionnels, aussi appelés « talleyrandistes ». Le 10 mars, dans un bref, le Pape exprime sa douleur devant cet acte.

Au début de l'année 1792, Talleyrand est envoyé en mission diplomatique à Londres, puis y retourne avec François Bernard Chauvelin afin de rassurer la monarchie britannique sur la politique française. En dépit de l'atmosphère hostile, ils obtiennent la neutralité des Britanniques le 25 mai. Il rentre à Paris le 5 juillet, et, anticipant la Terreur, repart rapidement muni d'un ordre de mission arraché le 7 septembre à Danton (après un mois de demandes), ce qui lui permet de prétendre qu'il n'a pas émigré. Le 5 décembre, un décret d'accusation est porté contre le « ci-devant Évêque d'Autun » après l'ouverture de l'armoire de fer ; il se garde bien de rentrer et est porté sur la liste des émigrés.

Expulsé de Grande-Bretagne en 1794 (où il souffrait de plus du manque d'argent et de la haine des émigrés), il part aux États-Unis, où il exerce le métier de prospecteur immobilier dans les forêts du Massachusetts, puis celui de courtier en marchandises. Il rentre en l'an IV (1796) à la suite de la levée du décret d'accusation de la Convention à son encontre, Benjamin Constant ayant fait un discours en ce sens. Il est rayé de la liste des émigrés et retrouve la France du tout jeune Directoire.

[modifier] Directoire

Peu après son arrivée, Talleyrand entre à l'Institut de France (il avait été élu à l'Académie des Sciences morales et politiques avant même son départ des États-Unis, le 14 décembre 1795) et publie deux essais sur la nouvelle situation internationale, fondés sur ses voyages hors de France (voir en fin d'article). Il entre au Cercle constitutionnel, républicain, en dépit de ses amitiés orléanistes et de l'hostilité des conventionnels qui voient en lui un contre-révolutionnaire. Le 17 juillet 1797, Madame de Staël (dont il est l'amant) intercède en sa faveur auprès de Barras, le plus influent des cinq directeurs, et lui obtient, en dépit de l'hostilité d'une partie des directeurs le ministère des relations extérieures, en remplacement de Charles Delacroix qui est nommé ambassadeur auprès de la République Batave.

Il y a un doute sur la paternité d'Eugène Delacroix qui, selon ses contemporains et certains historiens, aurait pour père Talleyrand, qui est alors l'amant de madame Delacroix. Eugène Delacroix a une certaine ressemblance, semble-t-il, avec Talleyrand qui le protègera durant sa carrière. D'autre part Charles Delacroix souffre, jusque six mois avant la naissance d'Eugène, d'une tumeur aux testicules.

Talleyrand aurait dit lors de sa nomination : « nous tenons la place, il faut y faire une fortune immense, une immense fortune ». De fait et dès cet instant, il prend l'habitude de recevoir d'importantes sommes d'argent de l'ensemble des États étrangers avec qui il traite.

Talleyrand rencontre, peu après sa nomination, le jeune général Bonaparte revenant couvert de gloire de la campagne d'Italie et avec qui il entretient une correspondance active en raison de son poste. Bonaparte, séduit, écrit au directoire pour lui signifier que le choix de Talleyrand « fait honneur à son discernement ».

De fait, Bonaparte n'en fait qu'à sa tête en Italie, et pour le reste, le Directoire, qui se méfie de Talleyrand, traite directement les affaires importantes. Il influence le général comme l'exécutif (agissant parfois à l'insu des directeurs), tentant de rassurer les États européens et d'obtenir un équilibre et une paix durable sur le continent. Il met en place l'administration des Affaires étrangères françaises (organisation finalisée au début du Consulat) qu'il garnit d'hommes travailleurs, discrets et fidèles. Il parfait également son réseau d'influence.

Le 3 janvier 1798, il donne une fête somptueuse en l'honneur de Napoléon Bonaparte en l'hôtel de Galliffet, où est installé le ministère. Par la suite, il soutient l'expédition d'Égypte, tout en refusant de s'y impliquer activement. Le 13 juillet 1799, en raison de plusieurs scandales, il démissionne du ministère, se consacrant à la préparation du coup d'État du 18 Brumaire. Il conspire à la chute du Directoire avec Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès.

[modifier] Période napoléonienne

« La destruction des cannonières françaises » ou « le petit Boney et son ami Talley dans une grande joie », caricature britannique montrant Napoléon, assis sur l'épaule de « Talley », scrutant joyeusement (à travers un grand document roulé en longue-vue nommé « le plan de Talleyrand pour envahir la Grande-Bretagne ») la Manche, où la flotte française se fait détruire par les obus des navires britanniques.
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« La destruction des cannonières françaises » ou « le petit Boney et son ami Talley dans une grande joie », caricature britannique montrant Napoléon, assis sur l'épaule de « Talley », scrutant joyeusement (à travers un grand document roulé en longue-vue nommé « le plan de Talleyrand pour envahir la Grande-Bretagne ») la Manche, où la flotte française se fait détruire par les obus des navires britanniques.

Après ce coup d'État, et avoir récupéré au passage environ trois millions de francs destinés à faciliter la démission de Barras, il retrouve son rôle de ministre et conclut les importants traités couronnant la politique conquérante de Bonaparte.

Les traités de Mortefontaine et de Lunéville sont conclus quasiment sans son intervention, le jeune Premier Consul ne laissant guère de place à d'autres pour mener la politique extérieure. Talleyrand ne s'en offusque pas et approuve même, dans leur ensemble, ces deux traités. Lors du concordat, après de vifs désaccords, le Pape accepte de fermer les yeux sur la situation de Talleyrand, qui se considère officiellement rendu à la vie séculière.

En l'an X (1801), suite à l'injonction d'épouser ou de quitter l'une de ses maîtresses, Talleyrand se marie avec Catherine Noël Worlee (ou Verlee), divorcée de Georges-François Grand, qu'il connaît depuis trois ans. C'est une native des Indes danoises, d'origine bretonne. Ses contemporains disent d'elle que « c'était la Belle et la Bête réunies en une seule personne ». Il en a certainement une fille, née en 1799, déclarée de père inconnu, qu'il adopte en 1803 et mariera vers 1815 au baron Alexandre-Daniel de Talleyrand, son cousin germain.

La même année, il achète le château de Valençay, encore sur injonction de Bonaparte mais avec son aide financière, où il héberge plus tard les infants d'Espagne, prisonniers de l'empereur. Le domaine du château est d'environ 120 km², ce qui en fait l'un des plus grands domaines privés de l'époque. Talleyrand y séjourne régulièrement, en particulier avant et après ses cures thermales à Bourbon-l'Archambault.

En 1804, face à l'augmentation du nombre d'attentats perpétrés par des royalistes contre Bonaparte, Talleyrand joue un rôle (l'importance de l'implication des uns et des autres restant obscure) dans l'exécution du duc d'Enghien. Il est nommé grand chambellan le 11 juillet 1804 et assiste le 2 décembre 1804 au sacre de Napoléon.

En 1805, après la brillante campagne d'Autriche et l'écrasante défaite de Trafalgar, Talleyrand signe à contrecœur le traité de Presbourg, qu'il n'a pas rédigé.

En 1806, il est nommé « prince de Bénévent », petite principauté confisquée au Pape. Le 12 juillet de cette même année il signe le traité créant la confédération du Rhin, toujours sur ordre de Napoléon, auprès duquel il est toujours aussi influent, mais qui se soucie peu des projets d'harmonie européenne de Talleyrand. Amorçant la critique de la politique guerrière de Napoléon sans oser le défier, il commence à communiquer des informations au tsar Alexandre Ier via son ami Dalberg. En 1807 il négocie et signe le traité de Tilsit et prend certainement la décision de démissionner de son poste de ministre au retour de Varsovie, démission effective le 10 août 1807.

Talleyrand se détache peu à peu de l'empereur : en septembre 1808, à Erfurt où celui-ci l'envoie préparer le terrain pour une alliance avec la Russie, il va jusqu'à déconseiller au tsar de s'allier avec Napoléon, lui affirmant que « le peuple français est civilisé, son souverain ne l'est pas ; le souverain de la Russie est civilisé, son peuple ne l'est pas ». C'est la « trahison d'Erfurt » qui lui vaut l'inimitié future des bonapartistes ; sur le moment Napoléon ne la comprend pas mais est surpris de l'échec de son initiative auprès du tsar.

Alors que l'on a pas de nouvelles de l'empereur depuis l'Espagne où la guérilla fait rage et que la rumeur de sa mort se répand, Talleyrand, qui est l'hôte à Valencay des princes d'Espagne, toujours prisonniers de l'empereur, intrigue au grand jour avec Joseph Fouché pour offrir la régence à l'impératrice, en cherchant le soutien de Joachim Murat. D'Espagne, Napoléon apprend la conjuration et accourt à Paris. Le 28 janvier 1809, il injurie Talleyrand devant un conseil restreint de circonstance (« vous êtes de la merde dans un bas de soie »[5]), l'accuse de trahison et lui retire son poste de Grand Chambellan. En dépit de tout cela et de son opposition non dissimulée[6], menacé dans sa vie ou d'exil avec son comparse, il n'est finalement pas inquiété, conserve ses autres postes et l'empereur le consulte toujours. Pour Jean Orieux, il est pour Napoléon « insupportable, indispensable et irremplaçable ». En 1813, il refuse le poste de ministre des relations extérieures que lui propose à nouveau l'Empereur.

En 1814, profitant de la chute de l'Empire, il manœuvre habilement pour livrer Paris aux alliés et à Louis XVIII.

[modifier] Première Restauration

Dorothée de Courlande, duchesse de Dino
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Dorothée de Courlande, duchesse de Dino

En mars, les alliés entrent à Paris. Le 1er avril 1814, il est élu par le Sénat « président du gouvernement provisoire ». Il signe la convention d'armistice avec les alliés et installe Louis XVIII sur le trône, lequel le nomme au ministère des Affaires Étrangères ; la principauté de Bénévent est rendue au Pape mais il conserve le titre. En dépit de la contre-réaction en vogue, Louis XVIII, avec qui il s'entend bien, le charge de représenter la France au congrès de Vienne.

Le 16 septembre 1814 a lieu le congrès de Vienne, et, bien que la France ne soit pas admise à la table des négociations, Talleyrand réussit à y participer. Il réussit, en faisant jouer les nombreuses divisions alliées, à limiter les sanctions à l'encontre de la France et même à fortement influencer des décisions ayant plus trait à l'équilibre européen qu'à la France. Allié à l'Autriche et au Royaume-Uni, il s'oppose à la Prusse et la Russie : la première n'obtient pas la Saxe et les vues de la seconde sur la Pologne sont contrecarrées. En revanche, Talleyrand ne peut éviter que la Prusse n'obtienne une frontière avec la France (ce que des biographes voient comme la cause des guerres franco-allemandes futures). Il signe l'acte final du congrès le 9 juin 1815.

Sur le papier, la France conserve ses conquêtes de 1792, ce qui ne se produit pas : Napoléon revient de l'île d'Elbe et est porté triomphalement par les français, ce qui ruine l'opinion qu'ont d'eux les alliés. Talleyrand suit Louis XVIII en exil durant les Cent-Jours, déclarant : « c'est une question de semaines, il [Napoléon] sera vite usé. » Vient la bataille de Waterloo et Louis XVIII est remis sur le trône. Talleyrand conserve son poste, et, le 9 juillet 1815, il est nommé Président du conseil des ministres.

Poussé par les Ultras, Louis XVIII force Talleyrand à démissionner et le nomme grand chambellan de France le 24 septembre 1815. Pour la première fois depuis son retour des États-Unis, il n'est pas au pouvoir. Il est officiellement en disgrâce et se sépare de sa femme.

Son activité politique se borne à quelques discours à la chambre (dont l'opposition à l'expédition d'Espagne, contre François-René de Chateaubriand), à des mémoires, des discours et à des contacts avec les libéraux et orléanistes. C'est à cette époque qu'Adolphe Thiers s'introduit auprès de lui en faisant l'éloge du jeune Eugène Delacroix. Talleyrand passe une grande partie de son temps à Valencay avec Dorothée de Courlande, mariée par lui à son neveu Édmond, qui est vraisemblablement sa maîtresse et dont la fille Pauline est sans doute de Talleyrand.

[modifier] Monarchie de Juillet

En juillet 1830, Louis-Philippe devient roi après les Trois glorieuses qui chassent Charles X. Il nomme alors Talleyrand ambassadeur à Londres, afin de garantir la neutralité de l'Angleterre vis-à-vis du nouveau régime[7]. À peine arrivé dans la capitale anglaise, Talleyrand rencontre Wellington, qui évoque « la malheureuse révolution de juillet ». Aussitôt, l'ambassadeur relève la formule et déclare au Premier ministre que cette révolution n'est un malheur ni pour la France, ni pour les autres États avec lesquels le nouveau régime veut avoir les meilleures relations. Un peu plus tard, il remet en place la princesse de Lieven, femme de l'ambassadeur de Russie, qui s'indigne d'une « flagrante usurpation » : « Vous avez bien raison, Madame. Seulement, ce qui est à regretter, c'est qu'elle n'ait pas eu lieu quinze ans plus tôt, comme le désirait et le voulait l'empereur Alexandre votre maître[8] ! »

Talleyrand contribue à l'indépendance de la Belgique et travaille sur le projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : le rapprochement du Royaume-Uni et de la France. Son raffinement et son habilité deviennent fameux à Londres même si sa réputation est au plus bas en France : « le prince a évité à la France le démembrement, on lui doit des couronnes, on lui jette de la boue »[9]. C'est en effet à cette époque que débute la haine généralisée des partis à son encontre. Il devient « le diable boîteux », celui qui a trahi tout le monde. Il reçoit régulièrement Alphonse de Lamartine et entretient de bons rapports avec son ami Wellington et l'ensemble du cabinet.

Talleyrand reste en poste jusqu'en août 1834 date à laquelle il quitte la scène publique et se retire dans son château de Valençay. Il reçoit Honoré de Balzac et met la dernière main à ses mémoires.

En 1837, il quitte Valençay, retournant s'installer dans son hotel particulier de Saint Florentin (actuellement dépendance de l'ambassade des États-Unis).

À l'approche de la mort, il effectue un retour à la religion et ses proches confient à l'abbé Dupanloup le soin de le convaincre de signer sa rétractation, qu'il ne signe que quatre heures avant sa mort, lui permettant de recevoir extrême-onction et viatique. Au moment où le prêtre doit, conformément au rite, oindre ses mains avec le saint-chrême, il déclare : « N'oubliez pas que je suis évêque » (car on devait en pareil cas l'oindre sur le revers des mains et non sur les paumes), reconnaissant ainsi sa réintégration dans l'Église. L'événement, suivi par le tout-Paris, fait dire à Ernest Renan qu'il réussit « à tromper le monde et le Ciel ». Des funérailles officielles et religieuses sont célébrées le 22 mai. Il est enterré dans une chapelle proche du château de Valençay, où son corps est ramené le 5 septembre, puis enterré dans la crypte familliale de la chapelle. La plaque de marbre qui recouvre le cercueil porte l'inscription suivante : « Ici repose le corps de Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, prince duc de Talleyrand, duc de Dino, né à Paris le 2 février 1754, mort dans la même ville le 17 mai 1838. »

[modifier] Regards contemporains et postérité

  • Gustave Flaubert : « Talleyrand (Prince de) : s'indigner contre » (Dictionnaire des idées reçues) ;
  • Honoré de Balzac : « Certain prince qui n'est manchot que du pied, que je regarde comme un politique de génie et dont le nom grandira dans l'histoire » ;
  • Alphonse de Lamartine : « L'opulence, pour M. de Talleyrand était autant une politique qu'une élégance de sa vie » ;
  • George Sand : « Une exception de la nature, une monstruosité si rare que le genre humain, tout en le méprisant, l'a contemplé avec une imbécile admiration. » ;
  • Napoléon : « De la merde dans un bas de soie ». (Après la rupture suite au complot) auquel Talleyrand dira « dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé »

Talleyrand était surnommé « le diable boiteux » en raison de son infirmité et par la haine que lui vouaient certains de ses ennemis, en particulier au sein des factions : « ultras » (pour qui il était un révolutionnaire), Église catholique (qui se souvenait de la confiscation des biens de l'Église), jacobins (pour qui il était un traître à la Révolution), bonapartistes (qui lui reprochaient la « trahison d'Erfurt »), etc. Plusieurs mémorialistes, comme François-René de Chateaubriand[10], expriment dans leurs ouvrages tout le mal qu'ils pensent de lui.

Ainsi, une anectode circule à l'époque selon laquelle Louis-Philippe était venu le voir sur son lit de mort. Talleyrand lui aurait dit « Sire, je souffre comme un damné ». « Déjà ! » aurait murmuré le roi. L’anecdote est invraisemblable mais elle a couru très tôt ; elle rappelle ce mot par lequel le Diable aurait accueilli Talleyrand en enfer : « Prince, vous avez dépassé mes instructions. »

Le XXe siècle a vu, dans l'ensemble, une « réhabilitation » de Talleyrand[11], en particulier par ses nombreux biographes, qui, en général, ont vu une continuité dans la vie du personnage, en tant que serviteur de « la France ».

[modifier] Citations

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  • « Sans doute M. Fouché a eu grand tort, et moi je lui donnerais un remplaçant, mais un seul, c'est M. Fouché lui-même. »
  • « Dans les temps de révolutions, on ne trouve d'habileté que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l'exagération. »
  • « Il croit qu'il devient sourd parce qu'il n'entend plus parler de lui. »
  • « Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde. »
  • « Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité. »
  • « L'industrie ne fait qu'affaiblir la moralité nationale. Il faut que la France soit agricole. »
  • « Le mariage est une si belle chose qu'il faut y penser pendant toute sa vie. »
  • « Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789 n'a pas connu le plaisir de vivre. »
  • « Soyez à leurs pieds. À leurs genoux… Mais jamais dans leurs mains. »
  • « Voilà le commencement de la fin. »
  • « Les mots sont des épées. »
  • « En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. »
  • « Nous appelons militaire tout ce qui n'est pas civil. »Paris en 1806)
  • « Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'État les fait mal. »
  • « Le meilleur auxiliaire d'un diplomate, c'est bien son cuisinier. »
  • « Qui n'a pas les moyens de ses ambitions en a tous les soucis. »
  • « Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite. »
  • « La politique ce n'est qu'une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir. »
  • « Les hommes sont comme les statues, il faut les voir en face. »
  • « Café :
Noir comme le diable
Chaud comme l'enfer
Pur comme un ange
Doux comme l'amour. »
  • « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »
  • « La vie serait supportable s'il n'y avait pas les plaisirs. »
  • « L'Angleterre a deux sauces et trois cents religions ; la France au contraire, a deux religions, mais plus de trois cents sauces. »
  • « Il y a trois sortes de savoir : le savoir proprement dit, le savoir-faire et le savoir-vivre ; les deux derniers dispensent assez bien du premier. »
  • « Les mécontents, ce sont des pauvres qui réfléchissent. »
  • « Les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l'occasion, mais jamais à celui qui la manque. »
  • « Ce qui est, presque toujours, est fort peu de choses, toutes les fois que l'on ne pense pas que ce qui est produit ce qui sera. »
  • « L'esprit sert à tout, mais il ne mène à rien. »
  • « La vie intérieure seule peut remplacer toutes les chimères. »
  • « Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe. »
  • « On ne croit qu'en ceux qui croient en eux. »
  • « Ne dites jamais du mal de vous ; vos amis en diront toujours assez. »
  • « La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. »
  • « Le meilleur moyen de renverser un gouvernement, c'est d'en faire partie. »
  • « On peut violer les lois sans qu'elles crient. »
  • « Là où tant d'hommes ont échoué, une femme peut réussir. »
  • « Je promets de bannir ce vice affreux ( le tabac ), le jour ou on m 'indiquera une seule vertu capable de faire rentrer, chaque année 120 millions dans les caisses de l 'Etat. »
  • « Sire, la Russie a un peuple barbare et un prince civilisé et la France un peuple civilisé et un prince barbare (Au tsar en parlant de Napoléon). »
  • Au Congrès de Vienne :
  • « Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant. » (1814)
  • « Méfiez-vous du premier mouvement; il est toujours généreux. » (1815)
  • « "Oui" et "non" sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d'examen. »
  • « Appuyez-vous toujours sur les principes, ils finiront bien par céder. »
  • « Madame, je n'ai jamais pondu d'œuf, mais je me sens plus qualifié qu'une poule de juger d'une omelette si elle est bonne ou mauvaise. »
  • « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus. »
  • « Lorsque les événements vous dépassent, feignez d'en être les instigateurs. »
Le Sacre de Napoléon, de Jacques-Louis David. Talleyrand est au numéro 11
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Le Sacre de Napoléon, de Jacques-Louis David. Talleyrand est au numéro 11

[modifier] Ouvrages

  • Essai sur les Avantages à retirer des colonies nouvelles ;
  • Mémoire sur les relations commerciales des États-Unis avec l'Angleterre ;
  • Mémoires ou opinion sur les affaires de mon temps (4 tomes) ISBN 2743301708 (Imprimerie nationale française) :

[modifier] Bibliographie

  • Talleyrand, Georges Lacour-Gayet (préface de François Mauriac), 4 volumes, Payot, 1930, ISBN 2228882968 ;
  • Talleyrand. Un seul maître : la France (Talleyrand, traduit par Daniel B. Roche), Duff Cooper, Harpers, 1932 (anglais), Alvik Editions, 2002, ISBN 2914833016 ;
  • Talleyrand, homme d'État, (Talleyrand oder der Zynismus, traduit par René Lobstein), Franz Blei, 1932 (allemand), Payot, 1936 ;
  • Talleyrand ou le sphynx incompris, Jean Orieux, Flammarion, 1970, ISBN 2080676741 ;
  • Talleyrand. Chronique indiscrète de la vie d'un prince, André Beau, Royer, 1992.
  • Talleyrand ou le cynisme, André Castelot, Perrin, 1997, ISBN 2262022909 ;
  • Talleyrand. L'apogée du sphinx, André Beau, Royer, 1998.
  • Talleyrand. Le Prince immobile, Emmanuel de Waresquiel, Fayard, 2003, ISBN 2213613265.

[modifier] Cinéma et théatre

[modifier] Notes

  1. Celui de Louis XVI, où son père a le premier rôle, celui de Napoléon (grand chambellan, on le voit sur le tableau du sacre, de David), celui de Charles X où il est grand chambellan et enfin celui de Louis-Philippe Ier. Louis XVIII n'est pas couronné.
  2. Quaenam est scientia quam custodient labea sacerdotis : « Quelle est la science que doivent garder les lèvres du prêtre », cité par Jean Orieux
  3. [http://perso.orange.fr/jean-paul.flahaut/origine2.html Un site consacré à Charles de Flahaut qui recense 45 biographes sur 50 consultées estimant que Talleyrand est son père
  4. cité par Jean Orieux
  5. Talleyrand aurait dit à la sortie dudit conseil « quel dommage, messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé »
  6. « Napoléon avait eu la maladresse (et on en verra plus tard la conséquence) d'abreuver de dégoût ce personnage si délié, d'un esprit si brillant, d'un goût si exercé et si délicat, qui, d'ailleurs, en politique lui avait rendu autant de services pour le moins que j'avais pu lui en rendre moi-même dans les hautes affaires de l'état qui intéressaient la sûreté de sa personne. Mais Napoléon ne pouvait pardonner à Talleyrand d'avoir toujours parlé de la guerre d'Espagne avec une liberté désapprobatrice. Bientôt, les salons et les boudoirs de Paris devinrent le théâtre d'une guerre sourde entre les adhérens de Napoléon d'une part, Talleyrand et ses amis de l'autre, guerre dont l'épigramme et les bons mots étaient l'artillerie, et dans laquelle le dominateur de l'Europe était presque toujours battu. » Mémoires de Jospeh Fouché
  7. Prononcée par le conseil des ministres du 3 septembre 1830, cette nomination suscite la polémique. Le jeune duc d'Orléans, qui professe des opinions libérales avancées, s'y oppose et Victor Hugo déplore qu'on n'aie pas choisi La Fayette car, selon lui, on aurait « dételé [sa] boiture de Douvres à Londres avec douze cent mille Anglais en cortège » et « Wellington eût été paralysé devant La Fayette. Qu'avons-nous fait ? Nous avons envoyé Talleyrand. Le vice et l'impopularité en personne, avec cocarde tricolore. Comme si la cocarde couvrait le front [...] À toutes les cicatrices que nos divers régimes ont laissées à la France, on trouve sur Talleyrand une tache correspondante. »
  8. En 1815, Alexandre Ier de Russie avait envisagé d'écarter les Bourbons de la branche aînée et d'appeler le duc d'Orléans sur le trône de France. Talleyrand oublie de rappeler que lui-même s'y était alors opposé.
  9. Honoré de Balzac, le père Goriot, cité par Jean Orieux
  10. « Ces faits historiques, les plus curieux du monde, ont été généralement ignorés, c'est encore de même qu'on s'est formé une opinion confuse des traités de Vienne, relativement à la France : on les a crus l'oeuvre inique d'une troupe de souverains victorieux acharnés à notre perte ; malheureusement, s'ils sont durs, ils ont été envenimés par une main française : quand M. de Talleyrand ne conspire pas, il trafique. » les Mémoires d'Outre-tombe, 2 L23 Chapitre 11 voir sur Gallica
  11. On trouve ainsi des « rue Talleyrand » à Reims et Périgueux, mais aussi à Paris, à proximité de l'hôtel des Invalides où se trouve le tombeau de Napoléon Bonaparte ; c'est dans cette rue que se trouve l'ambassade de Pologne

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

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