Orthotypographie

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L'orthotypographie reste un terme en attente d'une définition précise car il ne ressortit pas à un domaine particulier bien circonscrit. Ses composants, ortho et typographie, laissent supposer qu'il s'agirait d'une discipline indiquant la manière de bien typographier, verbe absent de la plupart des dictionnaires, néologisme n'indiquant pas précisément l'action dont il est question. S'agit-il simplement de composer en utilisant des caractères dits encore d'imprimerie alors qu'ils sont couramment utilisés de nos jours sans qu'il soit nécessairement procédé à leur impression ? Ou de composer et publier, ce qui implique d'organiser la composition, de la mettre en forme, de réaliser une mise en page ? Ce qui implique de multiples opérations telles la détermination des marges (ou empagement), la calibration, la justification, etc. Or, une large part de ces opérations sont négligées par les orthotypographes, qui n'en traitent pas.

Jean-Pierre Lacroux, graphiste, auteur, correcteur et très certainement orthotypographe, signalait à ce sujet sur la Liste typographique francophone (message 198, intitulé orthotypographie, daté du 27 juin 1997) : « Orthotypographie est un mot-valise, subtile combinaison d'orthographe et de typographie.

Il désigne un immense secteur, aux contours parfois flous, situé aux marges des deux domaines (et même de quelques autres...). » Ce qui inspirait à l'un de ses colistiers, Jean Fontaine, la réflexion suivante : « Tout comme le mot auto-école ne signifie école par soi-même (préfixe grec auto + mot français école), mais plutôt école de conduite automobile, [le mot orthotypographie est un] mot-valise formé des mots français orthographe et typographie) et [il] couvre donc essentiellement ce qui est à l'intersection (floue) de ces deux domaines. »

Une définition tautologique commode consisterait à énoncer que l'orthotypographie est la pratique des orthotypographes. Encore conviendrait-il de s'accorder sur ce qu'est un orthotypographe. S'agit-il du correcteur ? Ou du manuéliste dont les préconisations sont appliquées par le correcteur ? Ou de celui qui étudierait les marches et les codes typographiques ?

Il conviendrait alors de définir ce qu'est un code, une marche, un manuel d'orthotypographie. L'observation montre qu'il est généralement admis par les professionnels qu'une marche est un ensemble de règles, fait d'un individu ou d'un groupe d'individus, qui ne sera appliqué que pour la production de l'ensemble des publications d'une personne, d'une entreprise, d'une collection, voire d'un seul titre publié.

Ainsi, le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale serait une marche, de même que le Chicago Manual of Style, qui est à la fois un guide de rédaction (recommandant des tournures de styles, des formes orthographiques à préférer à d'autres) et une marche de composition dont le respect s'impose aux correcteurs des éditions de l'université de Chicago.

Ces deux ouvrages, tout comme le Ramat de la typographie, d'Aurel Ramat, auteur unique, n'en sont pas moins des ouvrages de référence dont les règles sont observées par des auteurs et correcteurs dont les publications ne seront pas confiées à l'Imprimerie nationale ou aux Presses de l'université de Chicago. L'observation révèle qu'un code serait le fait de plusieurs auteurs se réunissant dans un cadre syndical ou interprofessionnel pour élaborer des règles s'imposant à l'ensemble des entreprises (maisons d'édition, de presse, imprimeries, correcteurs indépendants fédérés dans une association ou un syndicat).

Pourtant, la marche de l'Office des publications de l'Union européenne s'intitule Code de rédaction interinstitutionnel et le Nouveau code typographique de la Fédération de la communication CFE/CGC, qui se fonde, certes, sur les dix-sept éditions successives du Code typographique (première parution en 1946), ouvrage collectif, est-il le fait d'un auteur unique, Robert Guibert.

Tandis que le Guide du typographe (ex-Guide du typographe romand), dont l'éditeur est le groupe de Lausanne de l'Association suisse des typographes, ouvrage collectif, serait un code qui ne s'intitulerait pas de la sorte.

La consultation de ces ouvrages tendrait à circonscrire l'orthotypographie : il ne s'agirait que de la fixation des règles de composition horizontale. Pourtant, les indications relatives à la division des mots en fin de ligne, aux listes (énumérations supposant de chasser les entrées successives à la ligne suivante), à l'alinéation (citations dialoguées, tirades, poèmes ?), aux tableaux (sens de lecture) relèvent aussi de la composition verticale. Relève aussi de l'orthotypographie ce qui se rapporte à des normes internationales de composition (composition des toponymes, des codes postaux, abréviations des unités de mesure, &c.).

Il serait tentant aussi de réduire le domaine d'application de l'orthotypographie au tronc commun de ces codes, manuels et marches : règles d'emploi des capitales, de l'italique, composition des nombres, abréviations, signes de ponctuation et blancs d'accompagnement, emploi de caractères spéciaux (puces, astérisques, marques de paragraphes, &c.) ; l'emploi des ligatures et des caractères dits experts, tombés en désuétude mais redevenus plus faciles à composer (avec des polices de caractères au format OpenType et des logiciels de composition sachant les gérer), pourrait aussi être intégré dans cette énumération.

Relevons incidemment que, dans ce tronc commun, nombres d'entrées rassemblent des règles qui sont observées (ou ignorées) tant pour la composition typographique que pour la rédaction manuscrite ou la composition calligraphique.

Il ne serait d'ailleurs pas absurde d'envisager, selon les méthodes de la dictionnairique, deux entrées pour le mot orthotypographe. L'un doté d'une définition similaire à celle du mot orthographe, l'autre étant un terme de métier désignant la personne chargée de fixer ou appliquer les règles d'orthotypographie. Ce, en attendant qu'une forme néologique distingue les praticiens élaborant les règles de ceux en assurant le respect.

Pour le moment, en anglais comme pour les langues romanes, seuls sont attestés, dans les textes les employant, les deux mots orthotypographie et orthotypographe et les traductions d'orthotypographie (nous n'avons pas encore trouvé orthotypographer ni de forme du type ista).

Tant le préfacier, Fernand Baudin, que l'auteur, Jean Méron, de Orthotypograhie, recherches bibliographiques (Convention typographique, Paris, avril 2002), attribuent la première apparition du mot (composé en caractères grecs) à Hieronymo Hornschuch (orthotypographie, soit l'instruction utile et nécessaire à ceux qui vont corriger des livres imprimés et les conseils à ceux qui vont publier leurs écrits) qui rédigea un manuel ainsi titré en 1608. Il existe des traductions allemande, anglaise et française de ce manuel.

Jean Méron estime que le mot désigne donc l'acte d'écrire de façon correcte, selon une norme établie, à l'aide de types (caractères). Ce qui exclut qu'une orthotypographie conforme aux usages établis puisse être obtenue en rédigeant manuellement. Envisager l'art et la manière de la sorte conduirait à supposer l'existence d'une orthocalligraphie.

Il est permis d'imaginer que ses arcanes aient pu être transmis de manière orale pour fournir les bases de l'orthotypographie. De la sorte, définir un mot existant pourrait conduire à en inventer un nouveau. Ce n'est pas là, nous semble-t-il, la moindre des difficultés que devrait surmonter une proposition de définition convenant au plus grand nombre.

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