Philosophie

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Auguste Rodin, « Le  penseur » (1880-82): Représentation éternelle d'un homme plongé dans ses méditations.
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Auguste Rodin, « Le penseur » (1880-82): Représentation éternelle d'un homme plongé dans ses méditations.

La philosophie[1], du grec φιλοσοφια (φιλειν aimer, σοφια la sagesse, le savoir, c'est-à-dire littéralement « l'amour de la sagesse ») n'a pas de domaines propres à la différence des sciences sociales, expérimentales ou des mathématiques. De manière générale, on pourrait la définir comme une forme de réflexion qui se tourne vers une interprétation globale du monde et de l'existence humaine. Mais chaque tentative de définition du concept de philosophie ou de son domaine d'application est déjà une question relevant de la philosophie.

La logique, l'éthique, la métaphysique, la philosophie politique et la théorie de la connaissance peuvent être considérées comme les domaines fondamentaux de la philosophie. D'autres disciplines comme la philosophie des sciences, la philosophie de l'esprit, l'anthropologie philosophique, la philosophie du droit ou la philosophie du langage sont apparues plus récemment.

Sommaire

[modifier] Étymologie

Le mot philosophie vient du grec philo-sophia que l'on traduit généralement par "amour de la sagesse". Mais cette traduction courante ne rend pas compte de la polysémie de sophia. En effet, Jean-Joël Duhot[2] explique : "Tous les hellénistes savent que sophia désigne l'habileté, le savoir-faire, la connaissance, au sens large, et que le sophos, parallèlement, est l'homme habile, celui qui sait s'y prendre, mais aussi le savant.". Si la sophia désigne à l'origine la compétence (aussi bien dans un métier que dans un art ou une science), ce mot se rapporte aussi, dans philo-sophia, au savoir théorique visé par le philosophe. De plus, la sophia est également associée à la notion de sagesse dans l'oeuvre de Platon où savoir et sagesse sont indissociables. Par exemple, Socrate, dans l'Apologie de Socrate, dit qu'il tend vers la sophia. Il est là question de savoir, mais ce savoir désigne la conscience qu'a Socrate de sa propre ignorance : Socrate est doué de sophia dans la mesure où il sait qu'il ne sait rien, ce qui constitue une forme de sagesse.

Par ailleurs, dans philo-sophia, il est question d'amour de la sagesse (philein signifiant "aimer") et non de la possession de cette sagesse. Cela indique que le philosophe recherche le savoir sans prétendre nécessairement qu'il peut effectivement l'atteindre.

[modifier] Comment définir la philosophie ?

Le philosophe, par Rembrandt
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Le philosophe, par Rembrandt

Il y a sans doute peu de disciplines plus difficiles à définir que la philosophie. Ceci tient au fait que la pratique philosophique a connu des fortunes diverses et des formes multiples au cours de l'histoire: inséparable de la discussion politique (comme chez Socrate, Platon et Aristote[3]) et d'un mode de vie bien spécifique durant l'Antiquité (avec Socrate ou Diogène le Cynique, Épicure, les stoïciens pour ne citer qu'eux), elle va durant le Moyen Âge devenir l'objet de l'attention des théologiens avant de devenir une discipline pratiquée par d'authentiques scientifiques durant l'époque moderne (Descartes ou Leibniz [4]). Puis, à partir du XVIIIe siècle, elle va se détacher très nettement des sciences positives et plusieurs branches de la philosophie vont devenir des disciplines autonomes (telle la science politique née de la philosophie politique ou la logique mathématique devenue une discipline entièrement autonome). L'unité de la philosophie est donc problématique, les philosophes ne se rattachant pas forcément à une conception et à une pratique similaires.

La philosophie contemporaine, issue d'une tradition multiple, se présente donc sous des formes variées: tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l'Europe, tradition phénoménologique en France et en Italie. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger.

Les difficultés pour définir la philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile de définir de façon rigoureuse ses méthodes, ses thèmes et ses objets. Historiquement, elle a pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques par exemple, voire des sciences positives). Plus fondamentalement, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s´imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie par exemple).

Mais il est également délicat de déterminer l'essence de la philosophie, soit parce que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu'elle a été ramenée à d'autres disciplines apparemment proches. Dès l'Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans les Les Nuées d'Aristophane avec les Sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses adversaires dans ses dialogues. Et même sans tomber dans un quelconque pathos du philosophe incompris par ses contemporains, il est clair qu'on peut se demander quelle est sa fonction dans la société ? En tant que discipline théorique, son intérêt semble limité parce qu'elle est sans portée pratique et sans fondements scientifiques. En tant que recherche de la sagesse, elle s'adresse à l'individu plus qu'à la communauté.

Mais à la différence des autres sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d'indiquer quels problèmes il souhaite éclairer, et quel sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces problèmes. Il faut en effet bien voir qu'il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et de la méthode philosophique. Ainsi, qui pense, comme Platon, que la vérité est enfouie dans l'âme de chacun favorisera le dialogue comme moyen de la révéler. Alors que penser que le langage est la source de pseudo-problèmes philosophiques mène plutôt à une analyse logique du langage, plus apte à déceler ces faux problèmes. Il ne faut donc pas voir l'instabilité des méthodes et des thèmes philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique de sa nature. Réfléchir sur le rôle de la philosophie fait partie de la philosophie.

[modifier] Les méthodes de la philosophie

Malgré ces difficultés on peut néanmoins, dans une première approche, délimiter ex negativo un certain nombre de méthodes et de principes heuristiques qui caractérisent au moins en partie la philosophie.

[modifier] Délimitations négatives de la méthode de la philosophie

  • D'une part la philosophie ne recourt pas à la méthode expérimentale. La philosophie, en effet, à la différence de la physique, de la chimie ou de la biologie, n'a jamais vraiment intégré le processus d´expérimentation dans son outillage heuristique. Ceci est évident pour la philosophie antique et médiévale qui ne connaissait pas l'expérimentation. Même les grands philosophes qui se sont illustrés comme scientifiques (Descartes, Blaise Pascal, Leibniz pour ne citer qu'eux) ont toujours distingué leur travail dans le domaine scientifique et dans le domaine philosophique. Certains philosophes comme Kant ou Wittgenstein [5] ont même vu dans l’absence d’expérimentation en philosophie une caractéristique épistémologique essentielle de cette discipline et ont refusé toute confusion avec les sciences expérimentales.
  • D´autre part la philosophie n'est pas, par essence, une science reposant sur l'observation empirique à la différence de la sociologie ou des sciences politiques par exemple. Il ne faut naturellement pas croire que la philosophie peut ignorer les données empiriques les plus évidentes. Mais traditionnellement la philosophie ne veut pas se limiter à un simple catalogue de faits, mais entreprend un vrai travail de théorisation voire de spéculation. Ainsi, par exemple, même si un Aristote a recueilli les constitutions des cités grecques de l'époque, il a voulu dans La Politique et dans l’Éthique à Nicomaque analyser les structures de la cité d'un point de vue théorique.
  • Enfin, la philosophie, à la différence des mathématiques ou de la logique formelle, ne s’est jamais décidée à travailler uniquement au moyen de symboles formels, bien que Leibniz ait pu rêver résoudre les problèmes philosophiques au moyen d’un calcul logique universel. Et si la philosophie analytique contemporaine est impensable sans la logique mathématique, elle utilise encore massivement le langage naturel.

[modifier] Caractéristiques de la méthode de la philosophie

Malgré les difficultés que comporte cette entreprise, il est possible de distinguer certaines grandes caractéristiques positives de la méthode philosophique.

  • La philosophie se comprend comme un travail critique. C'est même une de ses définitions les plus courantes. Cette critique n´est cependant jamais purement et simplement négative. Elle a pour but de remettre en cause les fausses certitudes, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Socrate, par exemple, interrogeait ses contemporains et les Sophistes afin de leur montrer leurs contradictions et leur incapacité à justifier ce qui leur semblait évident [6]. Descartes[7] est à l'époque moderne le meilleur représentant de cette conception de la philosophie, car, selon lui, seul un doute radical et général pouvait être le fondement d'une pensée parfaitement rigoureuse et indubitable.
  • La philosophie est souvent caractérisée comme un travail sur les concepts et notions, travail de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des autres et de les analyser, mais aussi travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés. Elle a très tôt[8] reconnu les problèmes que posent les ambiguïtés du langage. De nos jours la philosophie analytique donne elle aussi une grande place à ce problème.
  • Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments et déductions ce qu´elle avance: elle est volonté de rationalité. C'est même la rupture des présocratiques avec la pensée mythologique qui est considérée traditionnellement comme marquant la naissance de la philosophie. Ce souci de démontrer et de livrer une argumentation se retrouve au cours de toute l'histoire de la philosophie. Qu'on songe aux discussions éristiques durant l'Antiquité, à l'intérêt que portent les philosophes à la logique depuis Aristote, mais aussi, au Moyen Âge, au souci de donner à la philosophie la rigueur démonstrative des mathématiques (comme chez Descartes ou Spinoza) ou à l'importance qu'accorde la philosophie analytique de nos jours à la rigueur et à la clarté argumentative.

[modifier] La philosophie comme mode de vie

Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantisant qui représente aussi le chien (en grec "κύων") qui a donné son nom au cynisme.
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Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantisant qui représente aussi le chien (en grec "κύων") qui a donné son nom au cynisme.

La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement comme une réflexion théorique. Dit autrement : être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraites. L’étymologie du terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui cherche à vivre comme il faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur. La philosophie entendue comme mode de vie met l'accent sur la mise en application dans sa propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions "collectives" de la philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres les Stoïciens, Platon, Aristote, Épicure, Descartes, Spinoza, Kant ou même Sartre ou Russell.

Mais ces derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La « sagesse », ou plus exactement la « sophia », que veut posséder le philosophe est aussi un savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans les dialogues présocratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner le « logos » de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement. Cette exigence de rationalité peut amener même à donner des fondements authentiquement scientifiques à la philosophie.

Bien sûr la définition de la philosophie comme mode de vie ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non comme un mode de vie : c'est le cas de manière claire dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours.

[modifier] Philosophie et société

Au fil du temps les rapports entre la société et les philosophes ont pu varier énormément mais de manière générale on peut déterminer trois types de rapports. D’une part les rapports entre la société et les philosophes sont parfois caractérisés par une violente attitude de rejet, car il est courant que la philosophie se démarque. Méfiante vis-à-vis des traditions, critique envers toute forme de préjugés, la philosophie n'a pas manqué de connaître des heurts plus ou moins durs avec la société. Quelques dates symboliques sont à retenir:

  • En 432 avant J.C. : Anaxagore est chassé d'Athènes sous le coup d'une accusation d'athéisme.
  • En 399 avant J.C. : Socrate est condamné à mort sous le chef d'accusation de corruption des mœurs de la jeunesse.
  • 1188-1189 : le sultan Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr Almohade fait interdire la philosophie, les études et les livres au Maroc et en Espagne. Averroès et son œuvre sont visés.
  • Le 17 février 1600 : Giordano Bruno est supplicié sur le bûcher pour son rejet de la transsubstantiation, de la trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de Marie.
  • Le 7 février 1752 : L'Encyclopédie de Diderot est censurée, car elle mettait en cause les fondements idéologiques de la société de l'époque.
  • Le 16 mai 1849 : Karl Marx est expulsé de Cologne après la Révolution de 1848 pour articles séditieux.

Mais d’autre part, paradoxalement, la philosophie a aussi réussi à s'institutionnaliser. L'existence d'universités où elle est enseignée, l'existence de sociétés érudites philosophiques (comme la Kant-Gesellschaft) ou de concours prestigieux comme l'agrégation en France le prouvent clairement.

Enfin, la philosophie peut cependant considérer qu'elle doit développer théoriquement un projet politique que soit les philosophes (comme chez Platon), soit le chef d'un État (selon Machiavel), soit les masses elles-mêmes (Marx) devraient mettre en place. L’exemple le plus classique des ambitions politiques de la philosophie reste naturellement Platon et sa célèbre République, dans laquelle il esquisse une véritable utopie politique rompant radicalement avec les modes traditionnels de pensée et d'action. Dans un autre contexte, Russell et Sartre tenaient la philosophie pour inséparable de l'engagement politique.

[modifier] Distinction entre philosophie systématique et histoire de la philosophie

Une distinction importante pour comprendre la philosophie est la distinction entre philosophie systématique et histoire de la philosophie.

  • L’histoire de la philosophie consiste à tenter de reconstruire, de comprendre, d’interpréter, voire de critiquer, les positions et thèses de penseurs comme Platon, Thomas d'Aquin. L’analyse de certains courants philosophiques (comme l’école cartésienne, le Néokantisme ou la scolastique par exemple), de questions débattues au cours de l’histoire (tel le problème du dualisme de l’âme et du corps, ou de l’existence de Dieu), ou de l’évolution de certains concepts (tel celui de vertu ou de justice) appartiennent elles aussi à l’histoire de la philosophie.
  • La philosophie systématique a pour but d’étudier et de répondre à des questions relevant d’un problème, d’un domaine ou branche de la philosophie. Il est, certes, courant de se baser sur des thèses soutenues par des philosophes au cours de l’histoire (ou bien de les remettre en cause) pour développer sa propre argumentation. Mais la philosophie systématique ne se demande jamais simplement ce qu’un penseur a pensé sur un sujet dans le simple but de connaitre sa position, mais a toujours pour souci d’intégrer ses thèses dans une discussion portant sur un thème ou une question générale. On se demandera, par exemple, non pas ce que Kant ou Leibniz disent sur la liberté, mais ce qu’est la liberté en elle-même, quelles sont ses formes (liberté entendue comme libre arbitre, liberté politique etc.), ce qui la distingue d’autres objets (de l’autonomie par exemple), ou si elle n’est pas illusoire comme on se le demande dans la discussion sur le libre arbitre. Nous nous tournerons d’abord vers cette approche de la philosophie avant de livrer un exposé de l’histoire de la philosophie.

[modifier] Les branches de la philosophie

La philosophie est loin d’être un domaine de connaissances homogène au sens où la nature des problèmes auxquels elle se confronte est d’une extrême variété. C'est pourquoi le recensement des différentes branches de la philosophie est problématique. Certains domaines se sont détachés très nettement de la philosophie au cours du temps. La physique, par exemple, était considérée comme appartenant à la philosophie jusqu’au XVIIIe siècle, alors qu’elle est naturellement de nos jours devenue complètement indépendante. Parfois on constate que certaines anciennes branches de la philosophie sont devenues autonomes, tout en n'en étant pas entièrement séparées. L’exemple le plus frappant est certainement la science politique, qui est aujourd’hui indépendante de la philosophie. Pourtant, en même temps, bien des discussions en politologie relèvent de la philosophie politique ou se réfèrent à d’authentiques philosophes politiques.

Malgré ces difficultés on distingue en général de nos jours ces différentes branches de la philosophie:

  1. l’éthique : discipline normative inséparable de nos jours de la méta-éthique.
  2. La philosophie politique.
  3. La philosophie du droit.
  4. La théorie de la connaissance.
  5. L’esthétique.
  6. La philosophie de la logique.
  7. La philosophie de l'action.
  8. La métaphysique.
  9. La philosophie du langage.
  10. La philosophie de l'esprit.
  11. La philosophie de la religion.
  12. La philosophie de l'histoire.

[modifier] Vue d´ensemble de l´histoire de la philosophie

Voir l’article Histoire de la philosophie dans une perspective historique.

[modifier] Philosophie antique

Voir l’article philosophie antique.
 Célèbre représentation des différentes écoles de l'Antiquité : On reconnaîtra Platon montrant le ciel du doigt (allusion à la Théorie des Idées) et Aristote montrant la terre (afin d'opposer son souci d'une philosophie ancrée dans une connaissance des faits empiriques) (fresque de Raphaël).
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Célèbre représentation des différentes écoles de l'Antiquité : On reconnaîtra Platon montrant le ciel du doigt (allusion à la Théorie des Idées) et Aristote montrant la terre (afin d'opposer son souci d'une philosophie ancrée dans une connaissance des faits empiriques) (fresque de Raphaël).

La philosophie grecque a connu trois grands périodes:

  • les présocratiques, considérés comme les fondateurs de la tradition philosophique occidentale et actifs dans les Îles ioniennes ;
  • la philosophie grecque classique (Vè siècle), qui commence avec Socrate à Athènes et se poursuit avec Platon, Diogène et Aristote.
  • après les conquêtes d'Alexandre le Grand, la philosophie hellénistique: Épicure, les stoïciens ou les sceptiques qui sont les penseurs les plus importants de cette époque.

La philosophie grecque se caractérise par le fait qu'elle est dominée par l'éthique, par la question « comment bien vivre ? » et plus particulièrement par celle de la vertu et du bonheur. L'importance de ce thème apparaît évidente à la lecture des dialogues de Platon, des textes d'Aristote, des stoïciens ou d'Épicure. La conséquence de cette tendance est que la philosophie était comprise comme une façon de vivre et non pas uniquement comme un discours théorique (même si ce dernier ne saurait être ignoré naturellement) ce qui est particulièrement frappant chez un Socrate, un Diogène ou chez les stoïciens.

Les deux autres grands domaines de la recherche des penseurs antiques sont d'une part la cosmologie et la physique (ce qu'on a longtemps nommé philosophie naturelle), d'autre part la théorie de la connaissance parfois liée à la logique. Ainsi, la question fondamentale qui occupait les philosophes présocratiques était la question du principe de toute chose. Au travers d'un mélange d'observations empiriques et de spéculations, ils tentèrent de comprendre la nature et ses phénomènes. Ainsi le premier philosophe connu, Thalès, tenait l'eau pour le principe de toute chose. Platon dans le Timée (dont l'influence fut primordiale au cours de l'histoire de la philosophie) cherche lui aussi à expliquer la naissance du monde, et imagine un démiurge qui aurait créé notre univers. Enfin, la Physique d'Aristote, tout comme la lettre à Hérodote d'Épicure ou la physique stoïcienne montrent le vif intérêt des anciens pour la connaissance de la nature (φυσις).

La théorie de la connaissance et la logique étaient elles aussi essentielles pour les philosophes de l'Antiquité. Dans le Théétète, Platon tente de définir la nature du savoir, et la théorie des Idées est elle-même un des fondements de la théorie de la connaissance de Platon. Épicure, quant à lui, développe toute une théorie empiriste de la connaissance afin de déterminer les critères que doit remplir une connaissance pour être vraie. Enfin, aussi bien Aristote que les stoïciens ont fondé une logique formelle, sous la forme, respectivement, de la syllogistique et d'une logique des propositions.

[modifier] Philosophie médiévale

Voir l’article philosophie médiévale.
 La philosophie trône parmi les septs arts libéraux– Illustration extraite de l'Hortus deliciarum de Herrad von Landsberg (12è siècle)
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La philosophie trône parmi les septs arts libéraux– Illustration extraite de l'Hortus deliciarum de Herrad von Landsberg (12è siècle)

Souvent caricaturée et décriée, la philosophie médiévale s'étend sur la vaste période qui sépare la philosophie antique tardive de la philosophie moderne. Bien loin de se résumer à l'image négative qu'a aujourd'hui la scolastique, elle présente toute une variété de penseurs d'inspirations sensiblement différentes.

D'une part le Moyen Âge est une des périodes les plus fécondes en ce qui concerne la logique. Certaines lois logiques ont été connues dès le Moyen Âge (par exemple Pierre d'Espagne connaissait déjà ce qu'on appellera plus tard la loi de De Morgan) avant d'être ensuite oubliées. C'est surtout la philosophie de la logique qui connut un développement important. Les penseurs médiévaux se concentrèrent plus particulièrement sur la célèbre Querelles des universaux, dont le point de départ fut une remise en cause de la théorie des Idées platoniciennes. Elle fut animée entre autres par Abélard, Albert le Grand et Guillaume d'Ockham.

D'autre part le Moyen Âge fut aussi un âge de redécouverte de la philosophie antique à partir du XIe siècle. La traduction en latin du corpus aristotélicien modifiera ensuite grandement la donne, et contribuera à réaffirmer Aristote comme l'un des philosophes les plus influents de l'histoire. Mais cette redécouverte ne sera possible que par l'intermédiaire des philosophes arabes et souvent par des traductions indirectes du grec vers l'arabe et de l'arabe vers le latin. La tradition de commentaire des textes est aussi très présente : le commentaire des Sentences de Pierre Lombard sera pour longtemps un exercice canonique de l'époque. Quant aux commentaires d'Aristote par saint Thomas d'Aquin, ils feront longtemps autorité et constitueront un modèle du genre.

Enfin, la philosophie médiévale est très liée à l'église, et les réflexions philosophiques ont souvent un fond religieux plus ou moins prégnant. Les philosophes du Moyen Âge, qui avaient tous reçu une formation en théologie, se basaient sur les textes bibliques et tentaient souvent de concilier les enseignements de la Bible avec les écrits des philosophes antiques.

[modifier] Philosophie moderne

Par « philosophie moderne », il faut entendre la philosophie qui s'étend sur ce que les historiens appellent l'histoire moderne (1492-1789).

Elle est, d'une part, l´héritière de la pensée antique en bien des points. Descartes, Spinoza, Leibniz ou Hume (pour ne citer qu'eux) sont loin d'avoir rompu tout lien avec la philosophie des Anciens. Ils les connaissaient parfaitement et leur ont notamment emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent compris leur propre travail comme une amélioration de ce que les philosophes de l'Antiquité avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers.

Cette tentative « d'améliorer » la philosophie antique apparaît clairement dans la philosophie politique, une des grandes caractéristiques de la philosophie moderne étant en effet d'avoir renouvelé celle-ci. Machiavel ou Hobbes ont tous deux voulu fonder la philosophie politique comme science, en la séparant nettement de l'éthique (alors que cette dernière et la politique étaient inséparables chez les trois grands penseurs de l´Antiquité qu'étaient Socrate, Platon et Aristote). En outre, aussi bien Spinoza et Hobbes que Machiavel ont cherché à fonder la philosophie politique sur l'étude de l'homme tel qu'il est — et non de ce qu'il devrait être comme le faisaient les Anciens.

Mais la philosophie moderne, au sens où nous l'avons délimitée, comprend aussi, dès la fin du XVIIe siècle, la philosophie des Lumières : Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire entre autres. Le mot "Philosophe" y prend le sens nouveau de "membre du parti philosophique" au fur et à mesure que se dessine une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple, que ce soit dans le Traité Théologico-Politique de Spinoza, le Contrat Social de Rousseau ou dans Les deux Traités du gouvernement civil de Locke.

L'autre grande caractéristique de la philosophie moderne est l'importance qu'y joue la science, même s'il faut remarquer que la philosophie du XVIIe siècle privilégie plutôt les mathématiques et la physique (mécaniste), alors que les philosophes du XVIIIe se tournent davantage vers la biologie. Les penseurs menaient en effet souvent une carrière de savant, ou nourrissaient en tout cas un vif intérêt pour la science. Descartes et Leibniz, notamment, étaient de grands savants, de même qu'un siècle plus tard Diderot développa des réflexions annonçant le transformisme. Du point de vue de la méthode, la philosophie s'inspire alors soit des mathématiques (tels Descartes et Spinoza), soit de la physique (Hobbes) ; ou bien elle tente de fonder une méthode applicable à tous les domaines du savoir : philosophie, physique, mathématiques, etc., par exemple pour Leibniz. La méthode de la philosophie s'inspire donc souvent de celle des sciences ou des mathématiques.

Enfin, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est traditionnel de distinguer deux grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Hume et Locke). De façon très schématique, les "rationalistes" affirment l'existence d´une connaissance indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable. Les empiristes, eux, affirment que toute connaissance procède de l'induction et de l'expérience sensible. Ce sont souvent aussi des sceptiques (par exemple Hume) qui affirment qu'il n'existe aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction et que l'expérience pourra réfuter.

[modifier] Philosophie contemporaine

 Adolph von Menzel, „Le laminoir en fer“ (1872/75). La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.
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Adolph von Menzel, „Le laminoir en fer“ (1872/75). La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.

La philosophie du XIXe siècle se divise en des directions si différentes qu'elles ne se laissent pas ramener à un seul et unique concept. La philosophie du XIXe siècle comprend la philosophie romantique, l'Idéalisme allemand, le positivisme, la pensée socialiste et matérialiste de Marx, Feuerbach ou Proudhon, le pragmatisme, le positivisme ainsi que nombre de penseurs difficiles à classer tels Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard ou encore plus récemment Léon Chestov.

Une partie de la philosophie et surtout de la philosophie allemande se comprend comme un dialogue critique mais aussi constructif avec la pensée kantienne: ce fut le cas de l'Idéalisme allemand, de Schopenhauer et de Nietzsche. Le but avoué étant de reprendre ce qui semblait le plus intéressant dans la philosophie de Kant et de la débarrasser ce qui semblait être des restes d'une métaphysique dépassée.

Les courants philosophiques marqués par l'empirisme ont pris une autre direction comme le positivisme d'Auguste Comte qui voulait dépasser la pensée métaphysique uniquement au moyen des sciences empiriques c'est-à-dire sans recourir aux explications métaphysiques. En Angleterre Bentham et Mill développèrent l'utilitarisme qui soumettait l'économie et l'éthique à un rigoureux principe de comparaison des avantages et des inconvénients et qui avec l'idée d'un bien-être pour tous (le principe du "plus grand bonheur au plus grand nombre) joua un rôle fondamental.

L'économie et la philosophie politique furent marquées par Karl Marx, Engels et Proudhon. Les deux premiers voulaient modifier profondément les conditions de vie des ouvriers par un bouleversement des structures économiques et politiques de leur époque que les philosophes avaient pout tâche de conceptualiser.

Il est par contre difficile de classer toute une série de philosophes tels Arthur Schopenhauer, Kierkegaard et Friedrich Nietzsche. Schopenhauer mettait en avant la puissance et la domination de la volonté sur la raison en se basant sur la philosophie indienne. Sa vision du monde pessimiste qui a été marquée par l'expérience de la souffrance se base sur des idées bouddhistes. Friedrich Nietzsche qui tout comme Schopenhauer accordait une grande importance aux arts, se désignait lui-même comme un immoraliste. Pour lui les valeurs de la morale chrétienne traditionnelle étaient l'expression de faiblesse et d'une pensée décadente. Il analysa les idées de nihilisme, du surhomme et de l'éternel retour de la répétition sans fin de l'histoire. Kierkegaard était en bien des points un précurseur de l'existentialisme. Il défendait une philosophie imprégnée de religion et représentant un individualisme radical qui dit comment on doit se comporter en tant qu'individu singulier dans les différentes situations concrètes.

[modifier] La philosophie en question

Voir article détaillé : Critiques de la philosophie


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[modifier] Notes

  1. Cette page ne traite que de la philosophie occidentale. Voir la liste des philosophies non-occidentales
  2. La recherche du bonheur
  3. Les discussions éthiques soulevées par Socrate concernaient non seulement des vertus « privées » (par exemple la piété dans le Charmide mais aussi clairement civiques telle la justice dans le premier livre de La République ou le courage dans Lachès. Quant aux relations entre philosophie et politique chez Platon et Aristote, voir respectivement La République, surtout le sixième livre ainsi que la Politique.
  4. respectivement créateur de la géométrie analytique et du calcul infinitésimal
  5. Respectivement dans la Méthodologie de la Critique de la raison pure et dans le Tractatus philosophico-logicus
  6. voir le Lachès ou le Protagoras par exemple
  7. Voir la première Méditations métaphysiques
  8. Dès l'Antiquité: Voir le cinquième livre de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote et à la célèbre distinction entre les différents sens du mot justice

[modifier] Bibliographie générale

Wikisource possède une collection de textes philosophiques dans le domaine public.
Voir aussi sur Wikilivres :
la philosophie.
Le Wiktionnaire possède une entrée pour « philosophie ».

[modifier] Auteurs du XVIIe siècle

[modifier] Auteurs du XVIIIe siècle

[modifier] Auteurs du XIXe siècle

[modifier] Auteurs du XXe siècle

[modifier] Cours de philosophie

[modifier] Dictionnaires, encyclopédies

  • Vocabulaire philosophique, Armand Cuvillier
  • Vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande
  • Notions de philosophie, sous la direction de Denis Kambouchner (panorama de grandes notions)
  • Encyclopédie Philosophique Universelle en six volumes sous la direction d'André Jacob - éd.PUF (1992)
  • Vocabulaire Européen des Philosophies - Dictionnaire des Intraduisibles sous la direction de Barbara Cassin - éd. Seuil-Le Robert (2004)

[modifier] Histoire

  • Histoire de la philosophie, Emile Bréhier (P.U.F.)
  • Histoire de la philosophie, François Châtelet
  • Les grands philosophes, Karl Jaspers
  • Histoire de la philosophie, Y. Belaval (Gallimard).
  • 100 mots pour 100 philosophes, Jean-Clet Martin, Seuil.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

Ressources sur la philosophie [1]

  • [2]- Site spécialisé sur la philosophie, présentation d'auteurs, textes téléchargeables...
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