Pierre Bourdieu

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Pierre Bourdieu (Denguin, 1er août 1930 - Paris, 23 janvier 2002), sociologue français.

Sociologue français de la seconde moitié du XXème siècle, Pierre Bourdieu est devenu, à la fin de sa vie, par son engagement public, un des acteurs principaux de la vie intellectuelle française. Sa pensée a exercé une importante influence dans le champ intellectuel, en particulier sur la sociologie française d'après guerre.

Son œuvre sociologique est dominée par une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales, faisant une place très importante aux facteurs culturels et symboliques. En opposition aux analyses marxistes, Bourdieu critique le primat donné aux facteurs économiques, et entend souligner que la capacité des acteurs en position de domination à imposer leurs productions culturelles et symboliques joue un rôle essentiel dans la reproduction des rapports sociaux de domination. Ce que Pierre Bourdieu nomme la violence symbolique, qu'il définit comme la capacité à faire méconnaître l'arbitraire de ces productions symboliques, et donc à les faire reconnaître comme légitimes, joue ainsi un rôle essentiel dans son analyse sociologique.

Le monde social, dans les sociétés modernes, apparaît, d'autre part, à Bourdieu comme divisé en ce qu'il nomme des champs. Il lui semble, en effet, que la différenciation des activités sociales a conduit à la constitution de sous espaces sociaux spécialisés dans l'accomplissement d'une activité spécifique et dotés d'une autonomie relative envers la société prise dans son ensemble, comme le champ artistique. Pour Pierre Bourdieu, ces champs sont hiérarchisés et leur dynamique provient des luttes de compétition que se livrent les acteurs sociaux pour y occuper les positions dominantes. Ainsi, s'il partage une vision conflictualiste du social avec les analyses marxistes, Pierre Bourdieu pense que les luttes sociales ne se réduisent pas aux conflits de nature essentiellement économique entre les classes sociales fondamentales à chaque société (lutte entre la classe ouvrière et la classe capitaliste dans les sociétés modernes, par exemple). Les conflits qui s'opèrent dans chaque champ social lui sont largement spécifiques et ne renvoient pas directement à cet affrontement fondamental. Ils trouvent leur origine davantage dans la hiérarchie de chacun des champs, et sont fondés sur l'opposition entre acteurs dominants et acteurs dominés qui cherchent à s'imposer.

Pierre Bourdieu a également développé une théorie de l'action, autour du concept d’habitus, qui a exercé une influence considérable dans les sciences sociales. Cette théorie cherche à montrer que les acteurs sociaux développent des stratégies, fondées sur un petit nombre de dispositions acquises par socialisation («l'habitus»), qui sont adaptées aux nécessités du monde social («sens pratique») bien qu'elles soient inconscientes.

Très riche (plus de 30 livres, des centaines d'articles), abordant de multiples sujets, puisant à de très nombreuses sources, l'œuvre de Bourdieu est ainsi ordonnée autour de quelques concepts recteurs : habitus comme principe d'action des acteurs, champ comme espace de compétition social fondamental et violence symbolique comme mécanisme premier d'imposition des rapports de domination.

Pierre Bourdieu, particulièrement à la fin de sa carrière, insistera sur la nécessité pour tout sociologue de pratiquer un retour réflexif sur lui-même, en utilisant les outils de la sociologie pour comprendre les déterminations sociales pesant sur lui dans ses analyses. Il fera ainsi de cette sociologie réflexive la condition même de l'objectivité pour toute analyse du social.

Fondée sur un va et vient entre la théorie et l'analyse de données empiriques, la pensée de Pierre Bourdieu a, plus qu'aucune autre, influencé la sociologie française à partir des années 1960. Elle a également été reçue dans l'ensemble des sciences sociales, de l'histoire à la philosophie. Sociologie du dévoilement, elle a fait l'objet de nombreuses critiques, qui lui reprochent en particulier une vision déterministe du social.

Sommaire

[modifier] Biographie

Pierre Bourdieu est né en 1930 à Denguin dans le Béarn, Pyrénées-Atlantiques (64). Son père, facteur, deviendra directeur de bureau de poste.

[modifier] Études
Le lycée Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques
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Le lycée Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques

Excellent élève au lycée Louis Barthou à Pau, où il est interne, un de ses professeurs, ancien élève de l'École normale supérieure, lui conseille de s'inscrire en classe préparatoire en khâgne au lycée Louis-le-Grand de Paris, en 1948.

Il est reçu à l’École normale supérieure (ENS) de la rue d'Ulm où il prépare l'agrégation de philosophie, qu'il obtient en 1954. Jacques Derrida, Louis Marin, Emmanuel Le Roy Ladurie font partie de sa promotion à l'ENS. Dans un univers philosophique dominé par l'existentialisme, il se tourne vers l'étude de la logique et de l'histoire des sciences, enseignée alors par Gaston Bachelard et Georges Canguilhem. Il suit, également, le séminaire de Éric Weil sur la Philosophie du droit de Hegel et fait un mémoire sous la direction de Guéroult, sur le Animadversiones de Leibniz (Leibnitii animadversiones in partem generalem principiorum Cartesianorum), en 1953.

École normale supérieure, Cours aux Ernests
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École normale supérieure, Cours aux Ernests

[modifier] Début de carrière

Après une brève expérience en tant que professeur au lycée de Moulins (1954-1955), il est appelé par l'armée en 1955, à Versailles. Cependant, et pour raisons disciplinaires, il se retrouve rapidement à faire son service militaire en Algérie dans le cadre de la "pacification", où il sert sous les drapeaux pendant deux ans. De 1958 à 1960, échappant à son service militaire, il enseigne la philosophie à la Faculté des Lettres d'Alger. Il retourne en France en 1960, fuyant le putsch des généraux à Alger. Il est alors assistant à la Sorbonne, puis maître de conférence à l'Université de Lille jusqu'en 1964. Il parfait à l'école des langues orientales, à Paris, son étude et sa pratique de l'arabe et du berbère, qu'il avait commencé à apprendre en Algérie. À Lille, il enseigne la sociologie, étudiant Durkheim, Weber, Schütz et Saussure, ainsi que la sociologie américaine et l'anthropologie britannique. En 1962, il se marie avec Marie-Claire Brizard, avec laquelle il aura trois enfants : Jérôme, Emmanuel et Laurent.

[modifier] Algérie : le passage à la sociologie
Un village kabyle traditionnel
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Un village kabyle traditionnel

Ce moment algérien sera décisif : c'est là, en effet, que se décide sa carrière de sociologue. Délaissant la philosophie, il va, ainsi, mener toute une série de travaux d'ethnologie en Algérie, et qui déboucheront sur l'écriture de plusieurs livres. Ses premières enquêtes le mènent dans les régions de Kabylie, Collo et Ouarsenis, bastions nationalistes où la guerre fait rage. Après une Sociologie de l'Algérie publiée en 1958, qui est une synthèse des savoirs existants sur le pays, il publie, en 1963, Travail et travailleurs en Algérie, étude de la découverte du travail salarié et de la formation du prolétariat urbain en Algérie, en collaboration avec Alain Darbel, Jean-Paul Rivet et Claude Seibel. 1964 voit la publication de Le Déracinement. La crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie, en collaboration avec Abdelmalek Sayad, sur la destruction de l'agriculture et de la société traditionnelle et la politique de regroupement des populations par l'armée française. Après son retour en France, Bourdieu profite, jusqu'en 1964, des vacances scolaires pour collecter de nouvelles données sur l'Algérie urbaine et rurale de l'époque.

Le terrain ethnologique de la Kabylie ne cessa, même après qu'il eut cessé de s'y rendre, de nourrir l'œuvre anthropologique de Pierre Bourdieu. Ses principaux travaux sur la théorie de l'action Esquisse d'une théorie de la pratique (1972) et Le sens pratique (1980) naissent ainsi d'une réflexion anthropologique sur la société kabyle traditionnelle. De même, son travail sur les rapports de genre, La domination masculine (1998), se fondent, pour une part, sur une analyse des mécanismes de reproduction de la domination masculine dans la société traditionnelle kabyle.

[modifier] L'École des hautes études en sciences sociales

En 1964, Bourdieu rejoint l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). La même année, sa collaboration commencée plus tôt avec Jean-Claude Passeron, conduit à la publication de l'ouvrage Les Héritiers, qui rencontre un vif succès et contribue à faire de lui un sociologue « en vue ».

À partir de 1965, avec Un Art Moyen. Essais sur les usages sociaux de la photographie, suivi en 1966 par L'amour de l'Art, Pierre Bourdieu engage une série de travaux portant sur les pratiques culturelles, qui occuperont une part essentielle de son travail sociologique dans la décennie suivante, et qui déboucheront sur la publication, en 1979, de La Distinction. Critique sociale du jugement, qui est sans doute son œuvre la plus importante.

En 1968, il fonde le centre de sociologie européenne, à l'EHESS, avec le soutien de Raymond Aron, qui avait reçu une subvention de la fondation Ford à cette intention.

[modifier] Le Collège de France
Fronton du Collège de France
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Fronton du Collège de France

Il devient professeur titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France en 1981 -position la plus prestigieuse au sein du système universitaire français. Il est le premier sociologue à recevoir la médaille d'or du CNRS en 1993.

On peut ainsi souligner le paradoxe d'un homme qui n'a cessé de se vivre comme à la marge des institutions académiques dominantes, dont il a même entrepris l'étude critique (par exemple dans Homo academicus), alors même qu'il a réalisé une des « carrières » universitaires les plus exemplaires qui soit.

[modifier] Engagement

À partir de 1990, Pierre Bourdieu s'implique fortement dans la vie politique. Durant la guerre civile en Algérie, il soutient les intellectuels algériens. Lors du mouvement de novembre/décembre 1995, il défend les grévistes. En 1996, il sera l'un des initiateurs des "États généraux du mouvement social". Il soutient également le mouvement de chômeurs de l'hiver 1997/98, qui lui apparaît comme un "miracle social". L'axe central de son engagement consiste en une critique de la diffusion du néolibéralisme et des politiques de démantèlement des institutions de l'État-providence.

« On a là un exemple typique de cet effet de croyance partagée qui met d'emblée hors discussion des thèses tout à fait discutables. Il faudrait analyser le travail collectif des “nouveaux intellectuels” qui a créé un climat favorable au retrait de l'État et, plus largement, à la soumission aux valeurs de l'économie. Je pense à ce que l'on a appelé “le retour de l'individualisme”, sorte de prophétie auto-réalisante qui tend à détruire les fondements philosophiques du welfare state et en particulier la notion de responsabilité collective (dans l'accident de travail, la maladie ou la misère), cette conquête fondamentale de la pensée sociale (et sociologique). Le retour à l'individu, c'est aussi ce qui permet de “blâmer la victime”, seule responsable de son malheur, et de lui prêcher la self help, tout cela sous le couvert de la nécessité inlassablement répétée de diminuer les charges de l'entreprise. » [1]

Sans qu'il soit favorable à une solution alternative au capitalisme, sa critique sociale fait de lui une des figures du mouvement altermondialiste, alors naissant. La plupart de ses interventions seront regroupées dans deux ouvrages intitulés Contrefeux.

De cette période date également La misère du monde (1993), ouvrage d'entretiens, qui cherche à montrer les effets destructurateurs des politiques néolibérales, et qui remportera un très important succès public.

[modifier] Édition

En 1964, il devient directeur de la collection Le sens commun aux éditions de Minuit, dans lesquelles seront publiés la plupart de ses livres, jusqu'en 1992 où il change d'éditeur, au profit des Editions du Seuil. En 1975, il fonde, notamment avec le soutien de Fernand Braudel, la revue Actes de la Recherche en Sciences Sociales, qu'il dirigera jusqu'à sa mort, et qui sera un lieu d'exposition de ses travaux et de ceux de ses élèves. En 1995, à la suite des mouvements sociaux et pétitions de novembre-décembre en France, il fonde une maison d'édition Raisons d'agir, à la fois militante et universitaire, publiant des travaux, souvent de jeunes chercheurs qui lui sont liés, procédant à une critique du néolibéralisme.

[modifier] Influence et oppositions

L'implication de Bourdieu dans l'espace public lui a assuré une renommée dépassant le monde universitaire, faisant de lui un des grands intellectuels français de la seconde moitié du siècle, à l'instar de Michel Foucault ou Jacques Derrida. Toutefois, à l'image de ces deux philosophes, sa pensée, bien qu'elle ait exercé une influence considérable sur le champ des sciences sociales dans l'espace francophone (et, d'une façon moindre, anglophone) n'a pas cessé de faire l'objet de vives critiques, l'accusant par exemple de réductionnisme.

Il sera, par ailleurs, dans les médias, un personnage controversé. On peut y voir l'effet de sa critique du monde médiatique, même s'il restera selon l'expression d'un magazine, l'"anti-médiatique plus médiatique". Sa participation à l'émission Arrêts sur images du 23 janvier 1996[2] constitue un épisode à la fois marquant et révélateur du rapport que P. Bourdieu a pu entretenir avec les médias. L'émission, qui faisait suite à la grève de novembre/décembre 1995, devait rendre compte du traitement médiatique de celle-ci. P. Bourdieu en était l'invité principal. Plutôt que de développer librement ses analyses, P. Bourdieu fit l'objet de violentes critiques de la part des autres invités, professionnels accomplis des médias, G. Durand et J.-M. Cavada. Il y vit la confirmation de l'impossibilité de « critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran » [2]. Peu de temps après, il écrivit un petit ouvrage, qui eut un immense succès, Sur la télévision, où il chercha à montrer que les dispositifs des émissions télévisuelles sont structurés d'une manière telle qu'ils engendrent une puissante censure de toutes les paroles critiques de l'ordre dominant.

Il décède le 23 janvier 2002 d'un cancer, après avoir travaillé durant ses derniers mois à la théorie des champs, à un ouvrage inachevé sur Manet et la révolution symbolique, ainsi qu'à son autobiographie, Esquisse pour une auto-analyse.

[modifier] Théorie sociologique

[modifier] Présentation

Bourdieu est l'héritier de la sociologie classique, dont il a synthétisé, dans une approche profondément personnelle, la plupart des apports principaux. Ainsi de Max Weber, il a retenu l'importance de la domination et du symbolique dans la vie sociale ainsi que l'idée des ordres sociaux qui deviendront, dans la théorie bourdieusienne, des champs. De Karl Marx, il a repris le concept de capital, généralisé à toutes les activités sociales (et non plus seulement économiques). D'Émile Durkheim, enfin, il hérite un certain style déterministe et, en un sens, à travers Marcel Mauss et Claude Lévi-Strauss, structuraliste.

Il ne faut pas, toutefois, négliger les influences philosophiques chez ce philosophe de formation : Maurice Merleau-Ponty et, à travers celui-ci, la phénoménologie de Husserl ont joué un rôle essentiel dans la réflexion de Bourdieu sur le corps propre, les dispositions à l'action, le sens pratique : c'est-à-dire dans la définition du concept central d’habitus.

L'œuvre de Pierre Bourdieu est construite sur la volonté affichée de dépasser une série d'oppositions qui structurent les sciences sociales (subjectivisme/objectivisme, micro/macro, liberté/déterminisme), notamment par des innovations conceptuelles. Les concepts d'habitus, de capital ou de champ ont été conçus, en effet, avec l'intention d'abolir de telles oppositions.

Ainsi, dans Choses dites, Bourdieu propose de donner à sa théorie sociologique le nom de « structuralisme constructiviste » ou de « constructivisme structuraliste » [3]. Dans ces termes s'affichent cette volonté de dépassement des oppositions conceptuelles fondatrices de la sociologie : en particulier ici celle opposant le structuralisme (qui affirme la soumission de l'individu à des règles structurelles) et le constructivisme (qui fait du monde social le produit de l'action libre des acteurs sociaux). Bourdieu veut, ainsi, souligner que, pour lui, le monde social est constitué de structures qui sont certes construites par les agents sociaux (position constructiviste) mais qui, une fois constituées, conditionnent à leur tour l'action de ces agents (position structuraliste). On rejoint ici, par d'autres termes, ce que la sociologie anglo-saxonne appelle l'opposition structure/agency (agent déterminé entièrement par des structures le dépassant/acteur créateur libre et rationnel des ses activités sociales) dont la volonté de dépassement caractérise particulièrement le travail conceptuel de Bourdieu.

[modifier] Plan de l'étude

D'une richesse considérable, ayant abordé un nombre très important d'objets empiriques, l'œuvre de Bourdieu est, toutefois, ordonnée autour de quelques concepts directeurs :

  • centralité de l'habitus comme principe de l'action des acteurs dans le monde social ;
  • un monde social divisé en champs, qui constituent des lieux de compétition structurés autour d'enjeux spécifiques ;
  • un monde social où la violence symbolique, c'est-à-dire la capacité à perpétuer des rapports de domination en les faisant méconnaître comme tels par ceux qui les subissent, joue un rôle central.

[modifier] L'habitus

[modifier] Introduction

Élaboré à la fin des années soixante, thématisé une première fois dans Esquisse d'une théorie de la pratique (1972), puis dans Le sens pratique (1980), le concept d'habitus visait, primitivement, à dépasser les deux conceptions du sujet et de l'action alors dominantes dans l'espace intellectuel français.

S'opposaient ainsi les théories inspirées de la phénoménologie, et en particulier l'existentialisme de Jean-Paul Sartre, qui plaçaient au cœur de l'action la liberté absolue du sujet, aux théories issues du structuralisme, en particulier l'anthropologie de Claude Lévi-Strauss, qui faisait de l'action du sujet un comportement entièrement régi par des règles objectives.

Face au structuralisme, Bourdieu a voulu redonner une capacité d'action autonome au sujet, sans toutefois lui accorder la liberté que lui prêtait l'existentialisme. La « solution » que propose Bourdieu est de considérer que l'acteur a, lors des différents processus de socialisation qu'il a connus (en particulier la socialisation primaire), incorporé un ensemble de principes d'action, reflets des structures objectives du monde social dans lequel il se trouve, qui sont devenus en lui, au terme de cette incorporation, des « dispositions durables et transformables » (selon l'une des définitions de l'habitus que propose Bourdieu).

Ainsi, l'acteur, en un certain sens agit de lui même (à la différence du sujet structuraliste qui actualisait des règles) puisque son action est le produit des « stratégies inconscientes » qu'il développe, mais ces stratégies sont constituées à partir de dispositions que l'acteur a incorporées. Au fondement de l'action, on trouve donc l'ensemble de ces dispositions qui constituent l'habitus. C'est pour cela que Bourdieu préfère au terme d'acteur, généralement employé par ceux qui veulent souligner la capacité qu'a l'individu d'agir librement, celui d'agent, qui insiste, au contraire, sur les déterminismes auxquels est soumis l'individu.

L'action des individus est donc, au terme de la théorisation de Bourdieu, fondamentalement le produit des structures objectives du monde dans lequel ils vivent, et qui façonnent en eux un ensemble de dispositions qui vont structurer leurs façons de penser, de percevoir et d'agir.

[modifier] Propriétés générales de l'habitus

[modifier] Hystérésis de l’habitus

Les dispositions constitutives de l'habitus ont pour première propriété d'être durables, c'est à dire de survivre au moment de leur incorporation.

Pour penser cette durabilité des dispositions, Bourdieu introduit le concept d'hystérésis de l’habitus. Ce concept cherche à désigner le phénomène par lequel un agent, qui a été socialisé dans un certain monde social, en conserve, dans une large mesure, les dispositions, même si elles sont devenues inadaptées suite par exemple à une évolution historique (révolutions, crises, etc.) ayant fait disparaître ce monde.

Un exemple, souvent repris, bien que se référant à un personnage de roman, permet d'illustrer ce phénomène : celui de Don Quichotte. Chevalier dans un monde où il n'y a plus de chevalerie, et inapte à faire face à l'effondrement de son univers, il en vient à chasser les moulins à vent qu'il prend pour d'immenses tyrans.

Bourdieu donne un autre exemple dans Le Bal des célibataires : les stratégies matrimoniales perdurent comme habitus à une époque où elles ont perdu leur sens, provoquant une crise matrimoniale dans la société paysanne béarnaise.

[modifier] Transposabilité de l'habitus

Les dispositions constitutives de l'habitus sont, d'autre part, transposables. Bourdieu veut dire par là que des dispositions acquises dans une certaine activité sociale (par exemple au sein de la famille) sont transposées dans une autre activité (par exemple le monde professionnel).

Le caractère transposable des dispositions est lié à une autre hypothèse : les dispositions des agents sont unifiées entre elles. Cette hypothèse est au centre de l'ouvrage intitulé La Distinction (1979) où Bourdieu entend montrer que l'ensemble des comportements des agents sont reliés entre eux par un « style » commun.

Dans La Distinction — qui porte essentiellement sur la structure sociale — Bourdieu met en évidence l'existence de « styles de vie » fondés sur des positions de classes différentes. Il fait ainsi apparaître le lien qui unit, chez les ouvriers, le rapport à la nourriture (qui doit être nourrissante, donc utile, efficace, et souvent lourde et grasse, c'est-à-dire sans considération hygiénique), la vision de l'art (qui ne doit pas être abstrait mais réaliste, c'est-à-dire utile, et un peu « pompier », c'est-à-dire lourd, sans finesse), le type de vêtements portés (fonctionnels et grossiers), etc. Ce style de vie est donc unifié par un petit nombre de principes (fonctionnalité, absence de recherche de l'élégance, c'est-à-dire, à suivre Bourdieu, privilège accordé à la substance plutôt qu'à la forme dans l'ensemble des pratiques sociales etc.) qui correspondent aux dispositions de l'habitus des ouvriers, et, in fine, sont le produit de leur position dans le monde social (vécu sous le mode de la nécessité, en l'absence de ressources économiques, etc.).

[modifier] Caractère générateur de l’habitus

Bourdieu, dans de très nombreux textes, entend souligner le caractère « générateur » de l'habitus. L'habitus, cette « structure structurée prédisposée à fonctionner comme structure structurante », a, en effet, comme propriété d'être à l'origine d'une infinité de pratiques possibles.

À partir d'un nombre restreint de dispositions, l'agent est, ainsi, capable d'inventer une multiplicité de stratégies — un peu à la façon de la grammaire d'une langue (par exemple celle du français), ensemble limité de règles, qui permet à ses locuteurs de créer néanmoins une infinité de phrases, à chaque fois adaptées à la situation.

[modifier] Le sens pratique

Justine Henin un instant après un revers
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Justine Henin un instant après un revers

Ce caractère « générateur » de l'habitus est, enfin, lié à une dernière propriété de l'habitus : celle d'être au principe de ce que Bourdieu nomme le « sens pratique ».

Bourdieu veut dire par là que l'habitus étant le reflet d'un monde social, il lui est adapté et permet aux agents, sans que ceux-ci n'aient besoin d'entreprendre une réflexion « tactique » consciente, de répondre immédiatement et sans même y réfléchir, aux événements auxquels ils font face.

Ainsi, à la façon d'un joueur de tennis, qui ayant profondément acquis la logique de son jeu, court vers où la balle, lancée par son adversaire, va retomber, sans même y penser (on dit alors qu'il a acquis les automatismes de son jeu), l'agent va agir de même dans le monde social où il vit en développant, grâce à son habitus, de véritables « stratégies inconscientes » adaptées aux exigences de ce monde.

Avec sa théorie du sens pratique, Bourdieu semble retrouver en apparence la théorie de l'acteur rationnel, dominante en économie, en ce qu'il insiste sur le fait que l'habitus est au principe de stratégies par lesquels les acteurs accomplissent la recherche d'un intérêt. La différence est pourtant profonde : Bourdieu veut, dans une critique profonde de la théorie de l'acteur rationnel, montrer que les acteurs ne calculent pas en permanence, en cherchant intentionnellement à maximiser leur intérêt selon des critères rationnels explicites. Pour lui, les acteurs agissent, bien au contraire, à partir de leurs dispositions et des savoirs faire inscrits dans leur corps, qui rendent possible ce "sens du jeu", et non par une réflexion consciente. Comme Bourdieu l'écrit, « L'habitus enferme la solution des paradoxes du sens objectif sans intention subjective : il est au principe de ces enchaînement de coups qui sont objectivement organisés comme des stratégies sans être le produit d'une véritable intention stratégique. » [4]

Ce « sens pratique » n'est toutefois possible que pour autant que l'agent soit confronté à un champ social qui lui soit familier, qui corresponde à celui où il a été socialisé et où il a donc incorporé les structures constitutives de son habitus.

[modifier] À l'origine de la théorie du sens pratique : les stratégies matrimoniales

Dès le milieu des année 1960, Bourdieu s'intéresse au champ des études de parenté, si cher à l'anthropologie classique. Cela sera le premier chantier d'une critique radicale de l'objectivisme dominant alors la théorie anthropologique. En forgeant une nouvelle théorie qui trouve sa source dans le sens de la pratique, il marque, en effet, une nette rupture avec le structuralisme, théorie qui pour sa part privilégie l'étude des règles et des normes pour expliquer les pratiques de la vie sociale. Ses travaux ethnographiques en Kabylie et, parallèlement, en Béarn (notamment dans son village natal) sont l'occasion alors pour lui de proposer un concept nouveau, celui de « stratégie matrimoniale ».

Bourdieu nous dit que l'individu social est un acteur mû par un intérêt, personnel ou collectif (son groupe, sa famille), dans un cadre élaboré par l'habitus qui est le sien. C'est à dire que sur la base d'un ensemble réduit de quelques principes normatifs, correspondant à une position sociale et à une condition matérielle, l'acteur élabore la stratégie qui sert le mieux ses objectifs. Appliquée au domaine de la parenté, cette idée nous montre des individus opérant des choix cruciaux à l'occasion des mariages dans le but, déterminant à l'avis de l'auteur, de la préservation ou de l'amélioration de la condition sociale de la famille. C'est le concept de « stratégie matrimoniale » qui complexifie et affine notre regard sur des situations jusqu'ici peu expliquées, par exemple le fait, en Béarn, de confier à une fille plutôt qu'à un garçon la transmission du patrimoine familial pour éviter de le voir morcelé. Il utilise l'analogie du joueur de carte, qui doit composer son jeu et atteindre son objectif, en fonction des atouts et des fausses cartes qu'il a en main. « Tout se passe comme si ces stratégies matrimoniales visaient à corriger les ratés des stratégies de fécondité » nous dit l'auteur. Finalement, en étudiant justement ces situations particulières (le droit d'aînesse, le primat de la masculinité dans les affaires de succession, la question du mariage du cadet), Bourdieu nous montre un modèle d'analyse où le mariage (l'alliance) et la succession (la filiation) sont avant tout une somme de pratiques dont le sens est construit par l'utilisation réfléchie de chacun.

[modifier] La théorie des champs

Pierre Bourdieu définit la société comme une imbrication de champs (économique, culturel, artistique, sportif, religieux...) à l'intérieur desquels se dégagent une logique propre déterminée par la spécificité des enjeux et des atouts que l'on peut y faire valoir, compte tenu des règles y prévalant. Les interactions se structurent en fonction des atouts et des ressources que chacun des acteurs mobilise, c'est à dire, pour reprendre les catégories construite par Bourdieu, de son capital, qu'il soit économique, culturel, social ou symbolique.

[modifier] La violence symbolique

La notion de violence symbolique renvoie à l'intériorisation par les agents de la domination sociale inhérente à la position qu'ils occupent dans un champ donné et plus généralement à leur position sociale. Cette violence est infra-consciente et ne s'appuie pas sur une domination intersubjective (d'un individu sur un autre)mais sur une domination structurale (d'une position en fonction d'une autre). Cette structure, qui est fonction des capitaux possédés par les agents, fait violence car elle est non perçue par les agents. Elle est donc source d'un sentiment d'infériorité ou d'insignifiance qui est uniquement subit puisque non objectivé. Cette violence symbolique peut être rapprochée d'une conceptualisation sociologique de ce que la tradition critique allemande nommait l'aliénation, même si on ne peut poser qu'une équivalence entre ces deux notions et non une identité (les fondements théoriques étant très différents). La violence symbolique trouve son fondement dans la légitimité des schèmes de classement inhérent à la hiérarchisation des groupes sociaux.

[modifier] Une théorie de l'espace social

Pierre Bourdieu a construit, notamment dans La distinction[5], une théorie complexe de l'espace social, au croisement des traditions marxiste et weberienne. Cette théorie se propose d'expliquer principalement 1) la logique de constitution des groupes sociaux à partir des modes de hiérarchisation des sociétés, 2) les styles de vie et les luttes que se livrent ces groupes sociaux, 3) les modalités de reproduction des hiérarchies sociales et des groupes sociaux.

Couverture de 'La distinction

[modifier] Hiérarchisation et constitution des groupes sociaux

Bourdieu, essentiellement dans La distinction, propose une théorie originale de la hiérarchisation de l'espace social, à partir d'une relecture de Max Weber. Cette théorie s'oppose à la tradition marxiste, pour laquelle les sociétés se structurent à partir des processus de production économique. Ainsi, dans ce que les marxistes appellent le mode de production capitaliste, la production est structurée autour du rapport de production opposant producteurs directs (les ouvriers) et possesseurs des moyens de production (les capitalistes). Le capitalisme crée ainsi deux classes sociales, les ouvriers et la bourgeoisie capitaliste. Ces deux classes sont en lutte, la bourgeoisie exploitant, selon les marxistes, les ouvriers. La production économique structure ainsi la société en créant des classes sociales antagonistes.

Bourdieu refuse cette théorie de l'espace social. Il pense, en effet, à la suite de Max Weber que les sociétés ne se structurent pas seulement à partir de logiques économiques. Bourdieu propose ainsi d'ajouter au capital économique, ce qu'il nomme, par analogie, le capital culturel. Il lui semble, en effet, que dans les sociétés modernes, la quantité de ressources culturelles que possèdent les acteurs sociaux joue un rôle essentiel dans leur position sociale. Par exemple, la position sociale d'un individu est, pour Bourdieu, tout autant déterminée par le diplôme dont il dispose que par la richesse économique dont il a pu hériter.

Bourdieu construit ainsi une théorie à deux dimensions de l'espace social, qui s'oppose à la théorie unidimensionnelle des marxistes. La première dimension est constituée par le capital économique possédé, la deuxième par le capital culturel. Un individu se situe quelque part dans l'espace social en fonction à la fois du volume total des deux capitaux qu'il possède, mais également de l'importance relative de chacun des deux types de capital dans ce volume total. Par exemple, parmi les individus dotés d'une grande quantité de capitaux, et qui forment la classe dominante d'une société, Bourdieu oppose ceux qui ont beaucoup de capital économique et moins de capital culturel(la bourgeoisie industrielle pour l'essentiel), situés en haut à droite du schéma ci-dessous, aux individus qui ont beaucoup de capital culturel mais moins de capital économique, situés en haut à gauche du schéma (les professeurs d'université, par exemple).

Espace des positions sociales et espace des styles de vie
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Espace des positions sociales et espace des styles de vie[6]

Bourdieu insiste sur le fait que sa vision de l'espace social est relationnelle : la position de chacun n'existe pas en soi, mais en comparaison des quantités de capital que possèdent les autres acteurs. D'autre part, si Bourdieu pense que capital culturel et capital économique sont les deux types de ressources qui structurent le plus en profondeur les sociétés contemporaines, il laisse la place à tout autre type de ressources, qui peuvent, en fonction de chaque société particulière, occuper une place déterminante dans la constitution des hiérarchies sociales.

Bourdieu, à partir de cette théorie de la hiérarchisation de la société, cherche à comprendre comment se construisent les groupes sociaux. A la différence des marxistes, Bourdieu ne croit pas que les classes sociales existent, en soi, objectivement (position « réaliste »). Au contraire, si le sociologue peut, à partir des différences de comportements sociaux par exemple, construire des classes sociales « sur le papier », il ne va pas de soi que les individus se considèrent comme en faisant partie. De nombreuses études ont ainsi pu montrer que les individus se considérant comme faisant partie de la « classe moyenne » est bien supérieur à celui que l'on aurait à partir d'une définition « objective » de cette appartenance. Toutefois, Bourdieu ne pense pas non plus que les classes sociales n'ont aucune réalité, qu'elles ne sont qu'un regroupement arbitraire d'individus (position « nominaliste »). Bourdieu pense qu'une partie essentielle du travail politique consiste à mobiliser les acteurs sociaux, à les regrouper symboliquement, afin de créer ce sentiment d'appartenance, et de constituer ainsi des classes sociales « mobilisées ». Mais cela a d'autant plus de chance de réussir que les individus que l'on tente ainsi de réunir sont objectivement proches dans l'espace social [7].

[modifier] Un espace des styles de vie

[modifier] La reproduction des hiérarchies sociales

La reproduction de l'ordre social passe, pour Bourdieu, à la fois par la reproduction des hiérarchies sociales et par une légitimation de cette reproduction. Bourdieu pense que le système d'enseignement joue un rôle important dans cette reproduction, au sein des sociétés contemporaines. Bourdieu élabore ainsi une théorie du système d'enseignement qui vise à montrer : 1) qu'il renouvelle l'ordre social, en conduisant les enfants des membres de la classe dominante à obtenir les meilleurs diplômes scolaires leur permettant, ainsi, d'occuper à leur tour des positions sociales dominantes 2) qu'il légitime ce classement scolaire des individus, en masquant son origine sociale et en faisant de lui, au contraire, le résultat des qualités innées des individus (« idéologie du don »).

Dans La reproduction[8], P. Bourdieu, avec J.-C. Passeron, s'efforce de montrer que le système d'enseignement exerce un « pouvoir de violence symbolique », qui contribue à donner une légitimité au rapport de force à l'origine des hiérarchies sociales. Comment cela est-il possible ? Bourdieu croit, tout d'abord, constater que le système éducatif transmet des savoirs qui sont proches de ceux qui existent dans la classe dominante. Ainsi, les enfants de la classe dominante disposent d'un capital culturel qui leur permet de s'adapter plus facilement aux exigences scolaire et, par conséquent, de mieux réussir dans leurs études. Mais cela, pour Bourdieu, permet la légitimation de la reproduction sociale. La cause de la réussite scolaire des membres de la classe dominante demeure en effet masquée, tandis que leur accession, grâce à leurs diplômes, à des positions sociales dominantes est légitimée par ces diplômes. Comme il le note, « les verdicts du tribunal scolaire ne sont aussi décisifs que parce qu'ils imposent la condamnation et l'oubli des attendus sociaux de la condamnation [9] ». Autrement dit, pour Bourdieu, en masquant le fait que les membres de la classe dominante réussissent à l'école en raison de la proximité entre leur culture et celle du système éducatif, l'école rend possible la légitimation de la reproduction sociale.

Ce processus de légitimation est, pour Bourdieu, entretenu par deux croyances fondamentales. D'une part, l'école est considérée comme neutre et ses savoirs comme pleinement indépendants. L'école n'est donc pas perçue comme inculcant un arbitraire culturel proche de celui de la bourgeoisie -ce qui rend ses classements légitimes. D'autre part, l'échec ou la réussite scolaire sont, le plus souvent, considérés comme des « dons » renvoyant à la nature des individus. L'échec scolaire, processus fondamentalement social, sera donc compris par celui qui le subit comme un échec personnel, renvoyant à ses insuffisances (comme son manque d'intelligence, par exemple). Cette « idéologie du don » joue, pour Bourdieu, un rôle déterminant dans l'acceptation par les individus de leur destin scolaire et du destin social qui en découle.

Ces thèses sont reprises et développées dans l'ouvrage que Bourdieu publie en 1989 (l'année du bicentenaire de la Révolution française !), en collaboration avec Monique de Saint-Martin, sous le titre : La noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps.

[modifier] Critiques

L'œuvre de Pierre Bourdieu a été l'objet d'une attention critique toute particulière, à la mesure de son influence dans les sciences sociales. Il est difficile de faire apparaître une seule ligne de force dans ce qui est reproché a un travail étalé sur près de 40 ans. Ces critiques (pour se limiter à celles des milieux académiques) sont venues de diverses écoles de pensées en sciences sociales - des marxistes aux partisans de la théorie de l'acteur rationnel - et ont porté sur des aspects très divers de ce travail.

Une critique domine, toutefois : celle-ci porte sur la nature des déterminations sociales dans la théorie de Pierre Bourdieu, qui sont décrites comme rigides et simplificatrices (critique du « déterminisme »). Au concept d'habitus, on a pu ainsi reprocher de poser à nouveau les problèmes qu'il entendait résoudre : entre le déterminisme absolu des structuralistes (où le sujet est soumis à des règles) et la liberté sans limite des existentialistes, le concept d’habitus, pensé par Bourdieu pour dépasser cette opposition, n'y parvient sans doute qu'incomplètement, penchant vers une certaine forme de déterminisme. L'action des acteurs est, en effet, en dernière analyse, le produit des déterminismes que fait peser sur eux le monde social et qui trouvent leur reflet dans les dispositions constitutives de leur habitus.

[modifier] Anecdotes

  • En 1981, Bourdieu avec Gilles Deleuze et d'autres intellectuels soutinrent le principe de la candidature de Coluche à l'élection présidentielle, voulant par là rappeler que n'importe quel citoyen avait en démocratie le droit de participer à la compétition politique.

[modifier] Œuvres et bibliographie

Cette liste n'est pas complète. Outre quelques ouvrages de faibles diffusion, manquent les articles scientifiques. Pour une liste plus complète, se reporter à :

  • HyperBourdieu, Une bibliographie et médiagraphie complète, avec contexte et renvois internes, de l'œuvre et des interventions publiques de Pierre Bourdieu
  • Bibliographie des travaux de Pierre Bourdieu suivie d'un entretien, Pantin, Le Temps des cerises, 2002, avec Yvette Delsaut et Marie-Christine Rivière
  • Le site Acrimed a constitué un recensement des contributions à l’analyse du champ médiatique.

[modifier] Principales œuvres de Bourdieu

  • Sociologie de l'Algérie, PUF, 1958
  • Le Déracinement. La crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie, avec Abdelmalek Sayad, Minuit, 1964
  • Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Minuit, 1964
  • L'Amour de l'art. Les musées et leur public, Minuit, 1966, 1969, avec Alain Darbel, Dominique Schnapper
  • Un Art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie, Minuit, 1965, avec Luc Boltanski, R. Castel, J.-C. Chamboredon
  • Le Métier de sociologue, avec J.-C. Passeron et J.-C. Chamboredon. (Bordas : Mouton, 1968)
  • La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d'enseignement, Minuit, 1970
  • Esquisse d'une théorie de la pratique, précédé de Trois études d'ethnologie kabyle, Droz, 1972
  • La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, 1979
  • Le Sens pratique, Minuit, 1980
  • Ce que parler veut dire : économie des échanges linguistiques, Fayard, 1982
  • Leçon sur la leçon, Minuit, 1982
  • Homo academicus, Minuit, 1984
  • Choses dites, Minuit,1987
  • L'Ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, 1988
  • La Noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps, Minuit, 1989
  • Les Règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992
  • Réponses. Pour une anthropologie réflexive, Seuil, 1992, avec Loïc Wacquant
  • Libre-échange, avec Hans Haacke, Presses du réel, Seuil, 1993
  • La misère du monde, Seuil, 1993
  • Questions de sociologie, Minuit, 1994
  • Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994
  • Sur la télévision, suivi de L'emprise du journalisme, Liber, 1996
  • Méditations pascaliennes, Seuil, 1997
  • Contre-feux. Propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale, Liber-Raisons d'agir, 1998
  • La Domination masculine, Seuil, 1998
  • Les Structures sociales de l'économie, Seuil, 2000
  • Contre-feux 2. Pour un mouvement social européen, Raisons d'agir, 2001
  • Langage et pouvoir symbolique, Seuil, 2001
  • Science de la science et réflexivité, Raisons d'agir, 2001
  • Interventions politiques (1961 - 2001). Textes & contextes d’un mode d’intervention politique spécifique, Agone, 2002
  • Le Bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Seuil, 2002
  • Images d'Algérie. Une affinité élective, textes et photographies de Pierre Bourdieu, présentés par Franz Schultheis, Actes Sud, 2003
  • Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'agir, 2004

[modifier] Ouvrages sur Bourdieu

  • La Sociologie de Bourdieu. Textes choisis et commentés, Philippe Corcuff et Alain Accardo, Le Mascaret, 1986 (2e édition : 1989)
  • Jeannine Verdès-Leroux, Le savant et la politique: essai sur le terrorisme sociologique de Pierre Bourdieu, Grasset, 1998
  • La liberté par la connaissance : Pierre Bourdieu, 1930-2002, Jacques Bouveresse et Daniel Roche (dir.), Odile Jacob, 2004 (Textes issus du Colloque international organisé les 26 et 27 juin 2003 par le Collège de France et l'École normale supérieure)
  • Bourdieu autrement. Fragilités d'un sociologue de combat, Philippe Corcuff, Textuel, 2003
  • Pierre Bourdieu : les champs de la critique, Philippe Corcuff (dir.), Bibliothèque publique d'information/Centre Pompidou, 2004 (colloque organisé par la BPI, les 28 février et 1er mars 2003 au Centre Pompidou à Paris)
  • Bourdieu, savant & politique, Jacques Bouveresse, Agone, 2004
  • Pierre Bourdieu, sociologue, Louis Pinto, Gisèle Sapiro et Patrick Champagne (dir.), Fayard, 2004
  • Travailler avec Bourdieu, Pierre Encrevé et Rose-Marie Lagrave (dir.), Flammarion, 2004 (Textes issus d'une journée consacrée à Pierre Bourdieu à l'École des hautes études en sciences sociales le 16 novembre 2002)
  • Rencontres avec Pierre Bourdieu, Gérard Mauger (dir.), Éditions du Croquant, 2005
  • Célébration du Génie Colérique, Michel Onfray, Galilée, 2002

[modifier] Filmographie

  • le champ journalistique est une intervention filmée de Pierre Bourdieu au Collège de France, c'est cette intervention qui sera à l'origine du livre Sur la télévision

Entretien Pierre Bourdieu et Günter Grass, Arte (chaine de télévision française), diffusé le 5/12/1999

Bourdieu, Grand entretien du Cercle de minuit avec Laure Adler, France télévision (F2), avril 1998

Bourdieu, Réflexions faites, émission de la SEPT, 31/03/1991

Pierre Bourdieu, Chercheur de notre temps, vidéo du CNDP (France), 1991

Pierre Bourdieu, Grands entretiens, Antenne 2 (télévision française) avec Antoine Spire, Miguel Benassayag et Pascale Casanova, 1990

Entretien de Pierre Bourdieu avec Didier Eribon, cassette vidéo du CNRS, 1984.

[modifier] Prix et distinctions

  • 1993 Médaille d'or du CNRS
  • 1996 Goffman Prize (Berkeley)
  • 2000 Huxley Medal (Royal Anthropological Institute)
  • 2001 Corresponding Fellow de la British Academy

[modifier] Notes

  1. Contrefeux, Liber-Raison d'Agir, 1998, pp. 14-15.
  2. Pierre Bourdieu, « Analyse d’un passage à l’antenne », Le monde diplomatique, avril 1996 [1].
  3. Choses dites, Minuit, 1987,p. 147.
  4. Le sens pratique, Minuit, 1980, pp.103-104.
  5. La distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, 1979.
  6. Schéma simplifié extrait de Raisons pratiques, Seuil, coll. Points, 1996, p. 21.
  7. Cf., en particulier, « Espace social et genèse des classes », Actes de la recherche en sciences sociales, n°52-53, 1984.
  8. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La reproduction, Minuit, 1970.
  9. Ibid., p. 249.

[modifier] Voir aussi

Wikimedia Commons propose des documents multimédia sur Pierre Bourdieu.

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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